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Camélia Jordana, la chanteuse d’origine algérienne qui s’impose dans le débat politique

En quelques années, Camélia Jordana s’est imposée sur la scène musicale française et tend à prendre une place de plus en plus engagée dans les débats publics. L’artiste d’origine algérienne a fait le choix d’assumer ses opinions, notamment face à la classe politique française qu’elle n’hésite pas à défier.

Aux débuts de sa carrière, lorsqu’elle est révélée par l’émission “Nouvelle Star”, on la connaissait discrète, concentrée sur sa musique. Puis avec le temps Camélia Jordana s’est de plus en plus affirmée, optant pour des musiques plus personnelles et engagées.

Aussi elle n’hésite plus, lorsqu’elle est invitée sur les plateaux TV ou sur les réseaux sociaux à affirmer ses idées et à intervenir dans les débats houleux. Le racisme, les violences policières, les femmes ou encore l’Algérie sont des thèmes qu’elle prend à bras le corps, quitte à s’attirer de nombreuses critiques.

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Au micro de France Inter, dans l’émission Boomerang, elle affirme ne pas vouloir faire de politique. Pourtant, elle reconnaît “que tout est politique”. Pour être entière, Camélia Jordana se doit de s’imposer sur les questions qui la touchent.

L’héritage colonial et la faute française

Camélia Jordana, dont les parents sont algériens, a été l’une des rares artistes à participer au débat autour du rapport Stora sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie. La chanteuse ne veut pas laisser de côté l’histoire de ses deux pays et ne supporte pas que la relation algéro-française porte de tels silences sur la colonisation ou encore sur la guerre d’Indépendance.

Dans une interview qu’elle a accordée cette semaine au Nouvel Obs, dans un numéro consacré aux mémoires d’Algérie, elle se présente comme l’héritière de la résistance algérienne. “J’ai ça dans mon ADN”, confie-t-elle en évoquant ses grands-parents qui ont milité au sein du FLN durant la guerre d’Indépendance.

Dans plusieurs médias, la jeune femme a expliqué attendre que la France prenne ses responsabilités vis-à-vis de l’Algérie. Elle souligne “les dégâts” produits par les Français, n’hésite pas à rappeler la torture, la ruine et les massacres perpétrés par la France, regrettant que l’Éducation nationale effleure l’histoire de cette guerre dans les programmes d’histoire.

À travers sa filiation, Camélia Jordana reconnaît, dans ce même entretien, qu’en elle a toujours grandi un sentiment d’injustice, de révolte. Son combat est aussi pour les Algériens de France, elle affirme dans l’Humanité, espérer la reconnaissance du “massacre” d’Algériens le 17 octobre 1961 mené “par la République Française”.

Racisme et discrimination

Cette âme de résistante dont elle est fière l’a poussée à se positionner sur des débats difficiles comme le racisme et les violences policières. L’impossibilité d’en parler en France titille la chanteuse qui a clairement décidé de ne pas laisser faire.

On la notamment vu soutenir activement la cause de Assa Traoré, dont le frère Adama Traoré est mort des suites de violences policières. Lors de la grande manifestation non autorisée au Tribunal de Grande Instance en juin 2020 pour demander justice pour Adama, Camélia Jordana se tient debout aux côtés d’Assa Traoré et chante le poing levé “La révolution est là”.

Elle prend régulièrement la défense des jeunes des banlieues françaises et n’hésite pas à avouer ses craintes vis-à-vis des dépassements de la police française dans l’émission “On n’est pas couché”, provoquant la colère de Christophe Castaner, qui était alors ministre de l’Intérieur. Ce dernier l’a interpellée et critiquée à plusieurs reprises sur Twitter.

La lutte contre le racisme la concerne personnellement, puisqu’elle a elle-même expérimenté le jugement sur ses origines. Dans son témoignage livré au Nouvel Obs, elle raconte le poids d’être une “femme racisée descendante de ces Algériens” (en lien avec ses parents qu’elle cite dans l’entretien. ndlr) en France, où cette descendance n’est pas vue comme une qualité mais perçue tel un “danger”.

Droits de la femme

L’autre combat majeur de Camélia Jordana est le statut de la femme et la défense de ses droits. Dans son nouvel album Facile et Fragile, elle n’hésite pas à souligner les inégalités entre les genres et à dénoncer le patriarcat persistant en France. Agacée d’avoir à se justifier sur tout, son physique, ses choix, sa parole, parce qu’elle est femme, elle revendique haut et fort son envie de vivre en dehors des choix d’une société qui érige l’homme blanc en tout puissant.

C’est sans doute sur cette partie-là que l’artiste est la plus fustigée, sur les réseaux sociaux, elle est pointée du doigt comme une femme “anti-hommes”. Elle vient d’essuyer une campagne de lynchage sur les réseaux sociaux pour cette phrase “Les hommes blancs sont, dans l’inconscient collectif, responsables de tous les maux de la Terre“.

Camélia Jordana, que l’on tente constamment de mettre dans des cases et de faire taire, ne se démonte jamais. À 28 ans, elle a compris que le pouvoir, c’est de prendre sa place et de ne jamais effacer son identité et sa culture. La parole qu’elle prend coûte que coûte est sans doute sa plus grande victoire.

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