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Ces journalistes franco-algériennes, gardiennes de l’info en France

Le visage de trois femmes d’origine algérienne qui ouvrent – ou ont ouvert – les programmes matinaux de grandes chaînes françaises, c’est assez rare pour le souligner. Comment faire pour gagner sa place dans un monde professionnel trop uniforme ?

Les définir seulement par leurs nationalités ou milieux d’origine serait une erreur. Ces trois femmes, certes d’origine algérienne, ont surtout un seul point commun, celui de s’être construit une personnalité en n’écartant aucun pan de leur diversité culturelle et d’en avoir fait une richesse.

Pour les trois journalistes, il ne faut pas se poser de question et assurer sur tous les sujets, quitte à travailler deux fois plus que les autres. C’est finalement grâce à leur regard, leur ouverture d’esprit et leur audace que Nora Boubetra, Neïla Latrous et Salhia Brakhlia ont su trouver leur place. Elles racontent leur parcours dans ce métier difficile et ce qui les a aidées à se construire une identité propre dans le monde du journalisme.

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Nora Boubetra, scruteuse d’âmes

Nora Boubetra est l’un des visages algériens les plus connus de l’information française. Sa voix posée et assurée, sa maîtrise des actualités internationales ont fait d’elle un pilier incontournable de l’actualité en France.


Reporter internationale chez France Télévisions et Arte, présentatrice sur TV5 Monde, du “Soir 3” et plus récemment de “Télématin”. Actuellement, on la retrouve surtout sur le terrain à la recherche d’âmes à raconter. Nora est polyglotte et férue d’actualité internationale.

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Lorsque nous la contactons, elle revient d’un reportage sur la crise migratoire aux Îles Canaries, où elle a retracé le voyage exténuant de jeunes migrants.  “Je suis touchée par l’humain”, confie-t-elle. Cette quête de l’humain a dessiné son journalisme et son multi-culturalisme l’aide dans son projet. “Au Canaries, je me suis retrouvé à parler anglais, français, arabe et un peu d’espagnol. C’est là où je vois que c’est une richesse d’avoir grandi entre deux cultures”, explique-t-elle.

Prendre sa place

Nora Boubetra a grandi dans un milieu modeste à Maubeuge, près de la frontière belge. Déjà entre deux frontières”, elle comprend vite que sa curiosité pour le monde sera sa force. Elle a l’habitude de naviguer entre la France, l’Algérie et parfois la Belgique.

Rien ne la prédestinait au journalisme. “A mon époque, à l’école, on ne nous parlait pas de ce métier, que c’était possible, bien au contraire”. Ce sont ses études de langues qui la mèneront vers le journalisme. “J’ai étudié l’allemand et on était très peu à maîtriser cette langue, ça m’a aidé”.

Son parcours universitaire la mène à vivre en Allemagne, aux Etats-Unis, à s’imprégner d’autres modes de pensée pour les rajouter à son bagage intellectuel. Naturellement, Nora s’oriente vers l’audiovisuel, en faisant des stages à la radio et à la télévision.

La journaliste reconnaît que c’est un milieu très fermé, composé essentiellement de “fils de”. A l’époque lorsqu’elle débute au sein de France Télévisions, elle est la seule femme d’origine maghrébine. “Quand j’ai débuté chez France 2, quelqu’un m’a demandé qui je connaissais au sein de la chaîne pour obtenir ce poste. Je lui ai répondu que c’était mon CV qui m’avait fait embaucher, rien d’autre”. 

“Je n’ai jamais voulu être l’Algérienne de service”

Lorsqu’on évoque l’Algérie, Nora sillumine, C’est mon deuxième pays. Je suis comme un arbre, l’Algérie et la France sont mes deux racines”. Elle assume toutes les parts culturelles dont elle a hérité. Sa fierté culturelle se ressent dans son travail.

Consciente que la différence est avant tout une qualité, Nora Boubetra profite des JT qu’elle présente pour inviter des visages que l’on voit peu, entre autres, plus de femmes, d’enfants issus de l’immigration. Je cherche un sens. C’est ça que j’aime, présenter seule ça ne m’intéresse pas, en revanche j’aime recevoir des personnalités fortes, des gens avec de la profondeur”, confie-t-elle.

Elle  a également eu l’occasion d’inviter des artistes d’origine algérienne ou encore de tourner en Algérie. “Tous les sujets que j’ai réalisés sur l’Algérie étaient de ma propre initiative, je les ai toujours choisis, on ne m’a jamais rien imposé”, reconnaît-elle, avant d’affirmer : “Je n’ai jamais voulu être l’Algérienne de service, j’ai toujours raconté ce que je souhaitais”.

Pour Nora, il était impossible de mettre de côté ses origines algériennes. Ses racines de l’est algérien font partie de sa personnalité. “J’ai un caractère très algérien et ça se sait !” , dit-elle en riant. “Être algérien c’est refuser de tout accepter. On est fier de ça et on est très attaché à l’âme algérienne”. Elle reconnaît que c’est peut-être pour ça également qu’on accorde peu de place aux Algériens dans le paysage audiovisuel français, en raison de ce fameux caractère.

Son amour pour le pays de ses parents est sans faille et elle a hâte de pouvoir y retourner. Elle en est même la première ambassadrice : “J’espère que le ciel va s’éclaircir pour l’Algérie. Ce pays n’a pas la belle vie qu’il mérite tant”, estime-t-elle. “Pour le moment c’est un pays handicapé, empêché. Je rêve de voir ce pays tel qu’il est réellement, j’ai envie qu’on soit enchanté d’y aller, qu’on est envie de le découvrir.”

Salhia Brakhlia, le micro comme arme

Sa franchise et son audace ont fait son succès. Salhia Brakhlia qui assure l’interview politique de la matinale de France Info depuis septembre a su inventer son propre journalisme. Décrypter, décortiquer l’information, Salhia Brakhlia recherche surtout la vérité dans les détails, ceux qu’on ne voit pas tout de suite.

Son envie de journalisme est née très jeune, alors qu’elle était au lycée, elle participe au programme Télécité, un programme basé sur des reportages réalisés par des jeunes de quartiers. Salhia prend goût à l’image et au récit. A la maison aussi, sa famille est une fidèle “du JT de PPDA, le soir il fallait se taire et écouter”, se souvient-elle.

Très vite, ses études l’orientent vers le journalisme audiovisuel. “Je savais que je voulais être là où ça se passe, aller vers l’inaccessible et surtout faire du terrain”. Elle effectue son stage de fin d’études à Canal +, chaîne où sa carrière décolle. On la découvre en reporter au sein de l’émission “Le Petit Journal” devenue aujourd’hui “Quotidien” sur TMC où elle tient une chronique hebdomadaire aux côtés de Yann Barthès.


Salhia devient rapidement la journaliste qui ne laisse rien passer. “Il y a tellement de décryptage à faire dans la politique, explique-t-elle. A l’époque, (débuts du Petit Journal, ndlr) il n’y en avait pas à la télévision. Pourtant les gens avaient besoin de connaître les coulisses, de comprendre comment on arrivait à cette information politique officielle”. Ce créneau deviendra sa marque de fabrique. Elle décryptera la communication politique pour “Le Petit Journalmais également sur BFM TV, couvrant ainsi les présidentielles de 2012 et 2017.

Depuis septembre, elle assure, aux côtés de Marc Fauvelle, l’interview politique sur la matinale de France Info. 30 minutes avec un acteur politique sur un sujet d’actualité. “C’est l’occasion de demander des comptes à ceux qui décident”, estime la journaliste.

Travailler sans relâche

La politique est son cheval de bataille et elle y travaille sans relâche. Dans un domaine aussi impactant, Salhia ne s’autorise aucune erreur et se décrit comme un bourreau de travail. “Ce qui me prend beaucoup du temps c’est ma préparation de l’interview. Je sais que je dois être sûre de mes informations et être capable de réagir immédiatement. Surtout face à des politiques qui vous noient avec des informations”.

Sa fierté est de ne pas laisser passer la déformation de faits. “Par exemple, une fois j’ai reçu le député européen du Rassemblement National, Nicolas Bay. Il  a donné des informations sur l’immigration complètement erronées. Je devais être capable d’y répondre, je ne peux pas laisser les invités dire n’importe quoi en direct.

Se réapproprier l’Algérie

Son lien à sa famille semble fort et Salhia n’a jamais mis de côté ses origines, même si elle reconnaît qu’elle a réellement découvert l’Algérie l’année dernière. C’est seulement en 2020, elle fait son premier voyage en tant qu’adulte et sans sa famille à Alger. “Quand je suis arrivée, j’étais un peu stressée, je ne savais pas comment j’allais être accueillie en tant que journaliste, même si j’ai la double nationalité. Quand je suis arrivée devant la douanière, elle m’a demandé pour qui je travaillais. J’ai répondu et finalement elle m’a tout simplement dit “bienvenue chez vous” et ça m’a réellement touché”, raconte-t-elle avec un sourire dans la voix.

Découvrir le pays de ses parents en tant que touriste l’émeut profondément. “Mes parents étaient très fiers que je prenne l’initiative d’y aller, que j’y vois autant de points positifs et que l’on m’accueille aussi bien. C’est aussi ton pays, tes origines, m’ont-ils dit. Je le savais, mais le fait d’y retourner me l’a confirmé.

Neïla Latrous, la politique du détail

Neïla Latrous joue constamment un rôle d’équilibriste. Le journalisme qu’elle défend est celui du détail et de la précision. En grandissant sous Ben Ali, ce que j’aimais le plus en regardant la télé c’est que le journaliste fabriquait le citoyen. Pour moi, il avait le rôle d’informer les gens sur leurs droits et devoirs, il était une ouverture sur le monde, une possibilité de rendre le citoyen toujours plus intelligent et donc de servir le pacte social”, confie-t-elle.

C’est avec le journalisme politique que Neïla décide de jouer ce rôle, inspiré par son vécu. Née en France, elle a grandi en Tunisie et a vécu plusieurs années en Algérie. Trois sociétés extrêmement différentes qui lui ont prouvé la nécessité d’une remise en question des mesures politiques et d’un dialogue constant entre les différentes couches de la société, pour répondre “au désenchantement démocratique que l’on voit après chaque élection. Le changement radical n’arrive jamais, à chaque élection on pense qu’un messie va changer notre vie.” Lors des rendez-vous électoraux il est donc nécessaire d’être un intermédiaire entre les citoyens et le discours politique.


Actuellement, elle présente le « Brief politique » dans la matinale de France Info. Elle a rejoint la radio et chaîne de TV française l’an dernier. Elle était alors chargée d’animer l’émission “Les Informés” tous les week-ends.

J’ai fait ce choix parce que c’est France Info, j’adore la promesse de rigueur qui est faite. La promesse initiale c’est l’info, de l’information brut, mais constamment vérifiée, sur-sourcée. Parmi nos règles de fonctionnement par exemple, on ne s’autorise pas de conditionnel”, explique-t-elle.

Apprendre, transmettre

Cette exigence est le fil rouge d’une carrière sans cesse renouvelée. Neila Latrous a trouvé sa place dans de nombreux médias. Elle débute au sein du groupe TF1, en travaillant, notamment, aux côtés de Laurence Ferrari. Ses origines algériennes la rattrapent et la poussent à tenter sa chance en Algérie en devenant correspondante de TF1 et BFMTV.

Elle fait le choix de ce pays, avant tout, parce qu’elle a un lien passionnel avec ce pays. “J’avais un rapport familial à l’Algérie, un rapport amoureux. J’ai un enracinement en Algérie. Le journaliste et écrivain algérien Adlène Meddi disait que les gens qui ont un lien avec l’Algérie utilisent toujours un champ lexical de la terre, que ce soit les immigrés, leurs enfants ou même les pieds noirs. Pour moi, il y avait cet appel de la terre. Longtemps, je l’avais associé à Annaba, d’où je viens. Je ne comprenais pas pourquoi j’avais ce rapport et j’ai senti qu’il y avait quelque chose de plus grand. C’était l’Algérie.”

Mais c’est autre chose qui l’a fait réagir. “En 2013, au moment de l’attaque d’In Amenas, je me suis rendue que les médias français ne comprenaient pas grand chose sur l’Algérie. J’avais l’impression qu’on prenait n’importe quel “Mohamed” pour en parler. Ça m’agaçait parce que je suis algérienne et rigoureuse. Puis, il y a eu l’hospitalisation de Bouteflika et là pareil, même traitement approximatif, ça m’a confirmé que je devais y aller, c’était un devoir (…) Il y avait une urgence à créer une spécificité de l’Algérie.

A son retour en France, Neïla Latrous reprend la politique française chez BFMTV où elle est chargée de suivre le Front National lors de la présidentielle de 2017. Elle finit par rejoindre la rédaction de Jeune Afrique, en tant que rédactrice en chef adjointe, chargée de la région Maghreb-Moyen-Orient. Depuis l’année dernière, elle revient à ses premières amours, la politique française. Décryptant les discours et mesures politiques sur France Info, se préparant ainsi à la prochaine présidentielle française.

Mosaïque culturelle

Armée d’un tel bagage culturel, Neïla pourrait être le symbole d’une génération métissée, mais elle ne le voit pas ainsi : “Je n’ai jamais considéré que j’étais de la diversité mais des diversités, j’ai vécu dans différents pays et on m’ a toujours envoyé dans des catégories qui n’étaient pas les miennes. J’estimais que je les embrassais toutes. Pour qu’il y ait diversité il faut qu’il y ait un bloc monolithe et puis une différence, mais je ne vois pas le monde de cette manière. J’ai toujours côtoyé des gens qui avaient plusieurs origines. C’est l’inverse qui m’apparaît différent”.

Selon Neïla la difficulté en France est davantage celle de l’origine sociale que de l’origine du pays. “Je ne considère pas devoir jouer un rôle auprès de quiconque, il y a des personnes qui ont plus de mérite. En réalité, la difficulté repose plutôt sur l’extraction sociale. Moi j’ai eu des parents éduqués, aimants qui m’ont toujours soutenue. Je crois qu’un arabe du 16e réussira plus qu’un Portugais du 93”, estime-t-elle.

Que les gens puissent se reconnaître en moi, ça me touche. Mais je crois que c’est l’origine sociale des parents qui peut déterminer si l’on doit jouer un rôle”, reconnaît Neïla.

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