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Comment l’Algérie veut faire du Sahara une grande destination touristique

Du sable, encore du sable, toujours du sable qui s’étale sur une vaste étendue dépourvue de toute végétation. C’est l’idée qu’on se fait du Sahara. Une vaste région, comme son nom le suggère, l’indique, entièrement couverte de sable, désertique.

Une idée confortée par l’expression populaire de « Sahra », qui signifie désert, vide, sec. Mais, lorsqu’on débarque sur place, on découvre tout autre chose. Qu’il y a, comme dans le nord de l’Algérie, une vraie vie, des villages, des jardins, de la terre arable, des fruits, des légumes, de l’eau, de la faune et de la flore.

Cette réalité est éclipsée par les images des massifs volcaniques et les gigantesques roches diffusées via les médias, les calendriers et les touristes à travers leurs récits accompagnés de photographies. C’est dans cette région que se trouvent le plus haut village (Tazrouk, 1900 mètres d’altitude) et le plus haut sommet d’Algérie, Tahat, qui culmine à 3003 mètres d’altitude.

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Sahara : des trésors cachés à faire connaître

De loin, ces immenses pics dépouillés de verdure par l’érosion, donnent l’impression d’avoir été sculptés par des mains expertes, alors qu’ils ont été façonnés par la nature. Ces massifs montagneux et leurs parois abritent des milliers de gravures et peintures rupestres, suscitant l’intérêt des spécialistes et l’admiration des touristes. Des trésors cachés que l’Algérie veut faire découvrir aux touristes du monde entier. Ils sont disséminés sur une superficie de plus d’un million de km2, à travers cinq Parcs culturels placés sous la tutelle du ministère de la Culture.

Ces parcs sont situés dans l’Ahaggar, le Tassili, le Touat-Gourara-Tidikelt, l’Altas Saharien et Tindouf. Les deux plus grands, de par leur superficie et le patrimoine qu’ils renferment, sont l’Ahaggar (633.887 km2), fondé en 1987, et le Tassili n’Ajjar (138.000 km2), créé en 1972 et classé patrimoine mondial en 1982.

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Les trois autres ont vu le jour en 2008. Ils couvrent les wilayas de l’Atlas saharien (Laghouat, Djelfa, El Bayadh, Naâma, M’sila et une partie de Biskra). Ils sont gérés par des offices autonomes, dont les missions principales portent sur la protection, la conservation et la valorisation du patrimoine éco-culturel.

Culture et nature indissociables

Cet infini Musée préhistorique à ciel ouvert dispose des atouts et potentialités pour devenir, plus tard, une fois aménagé et valorisé, l’une des plus importantes destinations touristiques mondiales. Le travail engagé dans ce sens est mené par le Projet des Parcs culturels algériens (PPCA). Une structure spécialisée née d’un accord de coopération entre l’Algérie et le Fonds de l’environnement mondial (GEF).

Un résumé de l’accord indique, en substance, que « le projet vise à protéger un échantillon représentatif de la biodiversité de la région du Sahara central. Cet objectif sera atteint grâce à la conservation et à l’utilisation durable de la biodiversité d’importance mondiale dans les parcs nationaux du Tassili N’Ajjer et d’Ahaggar ».

On ne doit pas confondre parcs culturels et parcs nationaux, comme Chréa, Tissemsilt et Tikjda, corrige Salah Amokrane, directeur national du Projet de la conservation de la biodiversité d’intérêt mondial dans les parcs culturels en Algérie.

[Salah Amokrane, directeur projet PCA, crédit : M.A Himeur]

Les parcs culturels relèvent « d’une autre catégorie propre à l’Algérie, admise par l’Union internationale pour la conservation de la nature », précise-t-il dans un entretien à TSA.

Il s’agit d’« une catégorie instituée par la loi 98-04. Une loi innovante par rapport à ce qu’il y avait avant. Innovante par rapport à la définition même du patrimoine. Maintenant, on parle de biens culturels alors qu’avant on parlait de sites et monuments », selon notre interlocuteur.

Cette loi précise dans son article 38 que les espaces où prédomine le patrimoine culturel sont indissociables de leur environnement naturel en matière de gestion. « Le postulat de base de classement d’un parc culturel est l’indissociabilité entre la culture et la nature », ajoute M. Amokrane.

La mission du projet qu’il pilote, le PPCA, est d’appuyer et de soutenir les efforts des parcs en question. Ses domaines d’intervention tournent, entre autres, autour de la production d’outils juridiques et d’orientation, du renforcement des capacités de recrutement du personnel et de la formation.

Tassili et Ahaggar : pôles-phares du tourisme

Le PPCA intervient aussi « dans le cadre de la recherche afin de renforcer les études sur la biodiversité des parcs. On travaille sur le guépard, l’évolution des écosystèmes des cinq parcs et l’intégration des populations locales dans le système de gestion participative des parcs », explique-t-il.

La démarche de gestion participative, entamée à titre expérimental dans les parcs du Tassili et de l’Ahaggar, sera généralisée à l’ensemble des parcs, avec la signature de chartes et de conventions sur la gestion collaborative avec les divers partenaires, dont les populations locales. Celles-ci seront associées « aux efforts de conservation et de valorisation du patrimoine », nous a-t-il confié.

[Issakrassen- Parc culturel de l’Ahaggar, crédit : PPCA]

Le terme valorisation signifie que la démarche en cours au niveau des parcs culturels prend en charge le volet touristique. « Nous avons fait un diagnostic de l’état des lieux. On a élaboré une stratégie. Parce qu’on ne peut pas commencer, aller aux détails des activités et des actions à entreprendre pour attirer les touristes, si on n’établit pas un diagnostic de la réalité de l’activité sur le territoire » concerné, souligne M. Amokrane.

L’accent a été mis sur la valorisation du Tassili et de l’Ahaggar, les deux pôles-phares du tourisme dans l’extrême sud de l’Algérie réputés dans le monde. Ils ont été les premiers à attirer depuis les années 1920 des alpinistes, d’abord, puis des touristes étrangers, notamment français.

Les Algériens ont commencé à se lancer à la découverte de l’Ahaggar à partir des années 1960. Il est vrai que les coûts du voyage et du séjour dans cette contrée étaient beaucoup moins onéreux que ceux affichés aujourd’hui. Le prix du seul billet d’avion tourne actuellement autour de 30.000 DA, l’équivalent de 200 euros au taux officiel. Ce qui fait détourner les touristes vers d’autres destinations lointaines, mais moins chères.

[Cyprés du Tassili, crédit : PPCA]

Tin-Hinane rappelle le guépard

Cette vaste partie de l’Algérie dispose des atouts et potentialités pour devenir une destination du tourisme domestique : diversité des paysages uniques et féériques, un splendide coucher du soleil vu de l’Askrem, une forêt de pics et d’aiguilles volcaniques datant de plus de 65 millions d’années, le massif montagneux de Tahat, des milliers de gravures et de peintures rupestres préhistoriques, le tombeau de la reine berbère Tin-Hinane.

[Peinture rupestre, crédit : PPCA]

On peut ajouter à cette liste non exhaustive des Oasis et des villages où des touristes peuvent faire une halte, avant de poursuivre leur longue route sur les traces d’un patrimoine matériel et immatériel inestimable.

« Il y a aussi les fêtes traditionnelles, comme la Sbeba, classée patrimoine immatériel mondial, l’Imzad et toutes les traditions séculaires des populations touareg » qui attirent des touristes et des visiteurs, ajoute Salah Amokrane.

Le Projet d’appui aux Parcs culturels algériens (PPCA), dont il est le directeur, a déjà élaboré une série d’études sur, entre autres, l’évolution des principaux écosystèmes (volet zones humides) et la flore dans l’Ahaggar et le Tassili.

Le même travail a été effectué pour la conservation du guépard, dont on vient d’enregistrer récemment la réapparition, et des espèces de proie dans ces deux parcs culturels, les défis de gestion et de conservation de l’art rupestre dans ses mêmes sites et le diagnostic de l’offre touristique du Tassili et de l’Ahaggar.

[Guépard saharien, crédit : PPCA]

Une étude a été consacrée aux projets-pilotes des sites du Tassili et de l’Ahaggar. Il s’agit, selon la revue Amayas publiée par le PPCA, d’« un programme spécifique pour promouvoir l’écotourisme à travers la définition d’éléments susceptibles de réorienter l’offre touristique existante vers la demande potentielle d’origine nationale ».

Un vaste programme allant de l’accueil du touriste national jusqu’à la participation des populations locales dans l’exploitation écotouristiques des sites prioritaires de l’Ahaggar et du Tassili.

Villages et jardins de l’Ahaggar

Le rôle du PPCA est d’aider les parcs culturels « à aller vers une exploitation rationnelle et adaptée des sites. La stratégie adoptée fait suite au diagnostic « qui nous a permis de voir la réalité et les insuffisances en matière de gestion touristique », selon M. Amokrane. Les précédents circuits ne prenaient pas en compte la protection et la conservation du patrimoine. « Ils ne répondaient qu’à des besoins touristiques », critique notre interlocuteur.

La chute du tourisme réceptif, déjà rachitique, et la pandémie de la Covid-19 ont donné un tout petit coup de pouce au tourisme national, via la mise en place de partenariats entre des agences de tourisme du nord de l’Algérie et celles établies à Tamanrasset.

Le PPCA a doté diverses structures et associations qui activent dans le patrimoine et la promotion touristique d’équipements (station de PAO, infographie, vidéographie, etc.) leur permettant de produire elles-mêmes, sur place, des brochures, dépliants, pastilles vidéo, des objets souvenirs comme les casquettes et T-Shirt sur lesquels seront brodées les images du patrimoine : gravures et peintures rupestres, paysages, montagnes volcaniques…

[Village de Tarhenanet, crédit : PPCA]

Huit jeunes filles ont été formées à Djanet dans la filière de l’artisanat des souvenirs. D’une pierre deux coups : créer des postes d’emploi et promouvoir, par le biais de cette forme de publicité, le tourisme saharien.

Un créneau jugé très intéressant. « Certains sont déjà prêts à passer commandes », assure M. Amokrane. Le PPCA et les autorités locales planchent sur la démarche à suivre, en vue d’intégrer cette activité dans le dispositif d’aide à la création de microentreprises au profit des jeunes des deux sexes.

Le développement du tourisme saharien a fait l’objet d’études portant également sur la diversification de l’offre, dont le traçage de nouveaux circuits. Le circuit « villages et jardins de l’Ahaggar », long de quelque 500 km, s’inscrit dans cette optique. Il permettra de faire découvrir les villages, les jardins et le patrimoine matériel et immatériel des environs de Tamanrasset. Cette longue balade relie en boucle Tamanrasset, Tit, Abalessa, In Amguel, In Hamartek, Mertoutek, Idles, Tazrouk, Tin Tarabine et Tahfet. Sa durée est d’une semaine environ, avec des haltes de quelques heures à 24 heures dans chaque village.

[Village de Tit- parc culturel de l’Ahaggar, crédit : PPCA]

La signalétique dans les sites à visiter et la réalisation de vidéos à diffuser sur les réseaux sociaux sont inscrites au programme. L’opération d’aménagement et de valorisation a été entamée par le PPCA, à titre expérimental, au village de Tagmart, dans l’Atakor, à 30 km au nord de la capitale de l’Ahaggar. L’endroit abrite une importante station de gravures rupestres préhistoriques.

Priorité à l’écotourisme

Booster le tourisme saharien passe, inévitablement, par le réexamen à la baisse des prix. « Il faut des discussions pour aller vers de nouvelles formules d’exploitation, pour revoir les prix », plaide M. Amokrane.

Tout en admettant que le prix d’un billet d’avion est élevé, il a noté aussi que les droits que paie actuellement le touriste pour visiter l’Ahaggar, qui s’élève à 100 DA, est insignifiant. « C’est dérisoire. On ne peut rester à ce stade d’exploitation », juge-t-il.

Pour lui, les touristes et visiteurs accepteraient de payer plus s’ils sont mieux sensibilisés sur la valeur culturelle et historique des sites. C’est le rôle des autorités, des organismes, des agences, des associations et de tous ceux qui sont impliqués, directement ou indirectement, dans l’activité touristique.

Les guides ont un grand rôle à jouer. Ils doivent, pour ce faire, bénéficier d’une formation éclectique, pluridisciplinaire, leur permettant d’être à l’aise dans la description des sites, des gravures et peintures rupestres, de la faune, de la flore, de la formation des gueltas et les différentes espèces végétales et animales poussant et vivant aux alentours. C’est vers ce tourisme, l’écotourisme, qu’il faudra se diriger, orienter l’offre et la demande, estiment des spécialistes.

« Ce qui est encore saharien et qui au reste appartient plus spécifiquement au Hoggar, que la photographie ne peut malheureusement exprimer, comme le relevait le magazine Notre Rive (juin 1928), ce sont les effets de lumière qui, se jouant à surface des roches nues ou les enveloppant mystérieusement, qui font vivre ces montagnes désertes d’une vie étrange et féerique ».

Qui sait ? Peut-être que dans les prochaines décennies, si les choses vont bien, des villages touristiques construits à la traditionnelle, avec les matières locales, succèderont aux hideux derricks et bases pétrolières actuelles qui gâtent les paysages dans cette vaste et superbe étendue du pays.

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