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ENTRETIEN. Vols d’Air Algérie : le Pr Belhoucine répond aux critiques

Dans cet entretien, le professeur Mohamed Belhoucine évoque le communiqué publié hier lundi par les services du Premier ministre fixant les conditions et modalités de réouverture partielle des frontières de l’Algérie.

Il y a eu un communiqué hier lundi des services du Premier ministère sur la réouverture partielle des frontières. Comment trouvez-vous ces mesures prises par les autorités du pays pour permettre aux Algériens de rentrer au pays ?

On peut analyser la situation de différentes manières, selon que l’on soit un usager ou un responsable chargé de protéger la santé publique d’une population.

D’aucuns pourront trouver que le verre est à moitié vide et d’autres diront que le verre est à moitié plein. L’essentiel est de se rappeler que nous n’en avons pas encore fini avec l’épidémie.

Non seulement nous n’en avons pas encore fini, mais nous avons une situation qui porte en elle les ingrédients de la complication.

De ce fait, permettre les déplacements inter-pays est une mesure bienvenue, dans la mesure où pendant des mois si ce n’est pas une année ou un peu plus, ces déplacements n’étaient pas possibles et donc c’est tant mieux que l’on puisse donner la possibilité graduellement aux gens de se déplacer dans les deux sens, aussi bien quitter le pays que revenir vers le pays.

Maintenant, à situation sanitaire exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Le gouvernement avait pris une décision importante, celle de fermer presque totalement les frontières pendant toute cette période qui a eu des effets positifs au moins en partie sur l’évolution de l’épidémie chez nous si on compare avec d’autres pays qui n’ont pas fermé les frontières aussi hermétiquement que l’Algérie a essayé de le faire.

Cette réouverture ne doit pas nous ramener à une situation épidémique catastrophique. C’est ça l’esprit de ce qui transparaît dans le communiqué du gouvernement.

Premièrement, une ouverture qui est graduelle en décidant que seuls certains aéroports seront concernés. Certaines destinations étrangères seulement, pour permettre à la compagnie nationale Air Algérie de se relancer progressivement puisqu’elle a été pratiquement à l’arrêt à l’international depuis longtemps.

De l’autre côté, étant donné que l’épidémie n’est pas terminée, on ne peut pas faire comme si de rien n’était et reprendre les voyages normaux. Il faudrait que l’autorité publique qui a la charge de la protection de la population s’assure que les gens qui rentrent dans le pays ne sont pas porteurs de dangers pour la communauté nationale. La seule façon de le faire, ce sont les contrôles sanitaires aux frontières.

C’est des mesures draconiennes qui ont été critiquées par les Algériens établis à l’étranger. Vous avez dit que c’est un tamisage à plusieurs niveaux…

Encore une fois, est-ce que le verre est à moitié plein ou à moitié vide ? Ce n’est pas à moi de le juger, chacun peut avoir son jugement là-dessus.

La situation n’est pas normale. Ce qui est très bien aujourd’hui, c’est que nous sommes au moins édifiés sur ce qu’il faut faire.

Il y a une règle du jeu qui vient d’être établie. Nous n’en avions pas auparavant. Aujourd’hui, elle est devenue publique puisque c’est un communiqué du Premier ministre qui dit « Si vous voulez rentrer, voilà les étapes qu’il faut franchir ». Ça a l’avantage de la clarté et de la transparence.

Il n’y a pas de règle d’or absolue dans ce domaine. Chaque pays a établi des critères pour se protéger selon la situation épidémique, sa connexion internationale et son insertion dans le processus de mondialisation.

L’Algérie a décidé ces mesures en prenant en compte les aspects purement techniques et médico-sanitaires mais aussi les aspects logistiques, sécuritaires, de transport, etc. C’est un ensemble de paramètres qui sont mis ensemble pour aboutir à cette mesure.

On peut dire que ce sont des mesures draconiennes mais on peut ne pas dire que c’est des mesures draconiennes. Par exemple, si vous allez dans un pays où on vous demande une carte de vaccination et une PCR négative datant de moins de 72 heures et qu’avec ça vous signez un engagement sur l’honneur pour rentrer chez vous.

Ce sont des mesures extrêmement légères, mais ça veut dire que les gens ont les moyens de venir vérifier que vous avez respecté le confinement à domicile et qu’il y a les moyens de surveiller tous ces gens.

Est-ce que vous avez les moyens de faire cette surveillance ? Non, donc vous ne pouvez pas faire cette mesure. Elle peut paraitre séduisante à la base, mais pour les décideurs de santé publique, elle n’est pas applicable.

Vous pourriez dire que cinq jours de confinement, c’est beaucoup, mais il y a des pays où quand vous arrivez vous faites quinze jours de confinement à vos frais dans un site qu’on vous désigne et que si vous êtes en transit pour un autre aéroport du même pays, vous refaites huit jours de confinement au moment où vous allez faire le transit.

Il y a un Algérien sur les réseaux sociaux qui demande pourquoi on nous demande une PCR de moins de 36 heures ensuite on nous confine obligatoirement pendant cinq jours ?

Parce que quand on fait une PCR, elle peut être négative. Si je viens juste d’être contaminé et que je fais une PCR dans deux heures, je serai négatif et dans quatre jours je serai positif.

Ça peut être quatre, cinq ou six jours. La PCR est une première protection. C’est un premier tamis mais avec de grosses mailles. Après, le confinement permet de faire un deuxième tamisage avec des mailles plus fines.

Je me rappelle quand ma mère et ma grand-mère voulaient faire de la semoule plus fine, elles utilisaient trois tamis avec des mailles de plus en plus fines pour avoir la semoule la plus fine possible.

C’est le même principe en essayant de réduire au maximum les cas potentiels qui passeraient à travers les mailles du filet mis en place pour le contrôle aux frontières.

Pourquoi une PCR après les cinq jours de confinement ?

Après les cinq jours de confinement, un test pour vérifier si on est toujours négatif. Si au bout de cinq jours, il s’avère que quelqu’un qui n’a pas fait de symptômes est positif, ça veut dire qu’il est porteur du virus et que ce virus n’était pas apparu lors de la première PCR ou avec des symptômes lors des cinq jours de confinement.

Tout cela c’est aux frais des passagers…

C’est aux frais des voyageurs. Beaucoup de pays font la même chose. Je ne veux pas citer les pays. Il y a des pays où c’est exactement comme ça, vous êtes confinez à vos frais dans un hôtel qu’on vous désigne de façon à ce qu’il y ait le moins de possibilités d’introduction par le biais du voyage international de la maladie dans le pays.

N’oublions pas que c’est par le biais d’un voyageur international que la pandémie a commencé chez nous et que ça a diffusé de manière assez rapide.

Professeur Belhoucine, est ce qu’il y aura un allègement de ces mesures, en fonction de la situation ?

Soyons honnêtes. Allègement ou renforcement, personne ne peut le dire. Si l’évolution de l’épidémie s’avère favorable. Vous savez, l’épidémie de Sars-CoV-1 s’est éteinte on ne sait pas comment.

Le virus est devenu moins virulent puis il a disparu dans la nature. Si cette épidémie venait à évoluer de la sorte, tant mieux.

Si, du jour au lendemain, il y a une disponibilité majeure de vaccins ou il y un progrès majeur dans la mise au point d’un médicament qui en quatre jours guérit les patients qui ont été infectés, ça va faire un changement totale de la règle du jeu.

Mais pour l’instant, les mesures qui ont été prises sont celles-là. Il faut s’en tenir. Le Comité scientifique continue d’observer et fait des recommandations au fur et à mesure de l’évolution de la situation.

Si on voit qu’il y a une évolution favorable, on fait des recommandations d’allègement. Si on voit qu’il y a une situation qui devient plus sérieuse, on peut faire des recommandations d’ajustement des mesures qui ont été prises.

Dans ce communiqué des services du Premier ministère, il n’y a pas de mesures spécifiques pour les personnes vaccinées. Pourtant, certains pays européens ouvrent complètement leurs frontières pour les personnes vaccinées. Avez-vous discuté de ça ?

Il y a une réflexion qui est en train de se faire. Puisqu’on parle de vaccins, je voudrais faire le lien avec le fait que je me réjouis de voir qu’il y a enfin une quantité de vaccins de plus en plus importante qui est arrivée dans le pays.

C’est de bon augure que toutes les personnes, en particulier celles sur le front de la lutte contre la pandémie  et celles à risque, soient vaccinées. Ça permet d’espérer d’avoir moins de cas graves, d’autant plus que maintenant il est clairement établi que les vaccins sont efficaces, même si c’est à un degré un peu moindre, contre les variants même indien. Donc, quand on a une occasion de se faire vacciner, il faut se faire vacciner.

D’ailleurs le Premier ministre a appelé hier à l’accélération de la campagne de vaccination…

C’est une bonne chose. Je pense que la quantité de vaccins qui est disponible actuellement se prête à une accélération. Les perspectives de fourniture de plus de vaccins au mois de juin sont réelles et j’espère que cette campagne va vraiment décoller sérieusement et passer un palier supérieur dans les jours qui viennent.

En Europe, le vaccin russe Spoutnik V n’est pas reconnu. L’Algérie utilise ce vaccin et les Algériens vaccinés avec Spoutnik V risquent de ne pas pouvoir voyager en Europe. Cela va poser un problème ?

Ça rentre dans le cadre de positions politiques et aussi de compétition économique entre différents blocs dans le monde. Le vaccin Spoutnik V est l’un des plus efficaces.

Pour l’instant, nous n’observons pas beaucoup d’effets secondaires nocifs. C’est un vaccin qui a sa place parmi toute la panoplie des vaccins disponibles. Il protège bien.

Après, c’est une question de temps. Comme pour le reste des situations, il doit y avoir des règles du jeu dans les voyages internationaux, je pense que l’OMS et le règlement sanitaire international vont devoir statuer sur cette situation, sinon cela va poser le problème de discrimination dans les déplacements des êtres humains dans le monde.

L’Arabie saoudite exige aux voyageurs le vaccin d’AstraZeneca, qui est mal aimé en Algérie…

Je n’ai pas vu cette information, mais je pense qu’à la longue il faut qu’il y ait une négociation globale et une clarification sur le fait que si vous êtes vaccinés, on vous accorde le privilège que l’on doit accorder à ceux qui sont vaccinés.

Revenons à la situation épidémiologique en Algérie. On a enregistré les premiers cas de variants depuis plus de 45 jours. Tout le monde parlait de la virulence des variants. Finalement, ces variants ont réagi comme la souche initiale. Il n’y a pas eu de rebond. Comment expliquez-vous cette situation ?

D’abord, le temps est un élément important. Ces virus peuvent mettre beaucoup de temps avant de monter en exponentiel. Ce qui veut dire que je ne peux pas prédire de quoi sera fait demain.

Le deuxième point, vous aurez remarqué que malgré tout, dans nos contrées de manière générale, on n’a pas atteint le niveau d’intensité des vagues que l’on a vu au nord de la Méditerranée.

Il y a certainement des paramètres qu’il faudra qu’on explore de façon plus précise. Déjà, nous avons une population plus jeune, donc on a moins de sujets plus âgés qui sont plus susceptibles.

Il y a peut-être une immunité qui est liée au fait que peut-être d’autres coronavirus qui sont responsables du rhume ou de petites maladies bénignes circulent chez nous plus que dans les pays du nord de la Méditerranée et donc qu’il y a une immunité de base un petit peu plus solide que dans les pays où ces coronavirus circulent moins.

Ce sont des hypothèses de travail, mais ça n’empêche pas qu’il faut rester extrêmement vigilant parce que dans les jours ou les semaines qui viennent, il peut y avoir des recrudescences et il peut y avoir des vagues.

En Inde, ils disaient que l’épidémie était derrière eux, puis en quelques semaines la situation a explosé et est devenue totalement hors de contrôle. Donc soyons vigilants et la vigilance passe par le respect des mesures de protection individuelle que sont le port du masque, l’hygiène et le respect de la distanciation physique.

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