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Origine du raï : énième bagarre entre Algériens et Marocains

Quand ils n’ont pas un footballeur né en Europe de parents maghrébins à s’arracher, Algériens et Marocains se disputent la propriété d’un patrimoine, plat de cuisine ou genre musical, ou même une personnalité historique. Cette fois, c’est la musique raï qui est au centre du pugilat.

Il y a quelques semaines, une polémique était née à propos de l’origine précise du général musulman Tariq Ibn Ziad, les internautes des deux pays revendiquant le combattant qui a conquis l’Andalousie au début du 8e siècle.

Si la polémique autour de Tariq Ibn Ziad n’a pas dépassé les réseaux sociaux, celle concernant le couscous a divisé les deux pays maghrébins, jusqu’à impliquer les politiques. Mais ils finiront par comprendre que ce patrimoine commun est au contraire un facteur de rapprochement. Avec la Tunisie, l’Algérie et le Maroc porteront ensemble le dossier de candidature de ce plat au statut de patrimoine universel de l’humanité. Un statut obtenu en décembre 2020.

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Quatre mois après, un autre patrimoine fait l’objet de tiraillements. Il s’agit du raï, cette musique qui depuis la fin des années 1980 est portée à l’universalité par de jeunes chanteurs venus de l’Ouest de l’Algérie.  Le raï est algérien, tous ses porte-voix le sont tout autant et le monde entier le sait. Wikipédia, par exemple, se contente de présenter Tariq comme « maghrébin » et « berbère », mais concernant le raï, l’encyclopédie en ligne est formelle : « Le raï est un genre musical algérien…».

Cela, le Maroc ne peut pas le contester, mais considère que l’aire géographique du raï englobe aussi la région de Oujda, qui est un territoire marocain.

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Il est aujourd’hui admis que le raï tient ses origines du style bedoui, le melhoune, qui lui, remonte jusqu’aux Almohades, dont le territoire englobait tout le Maghreb, donc l’Algérie et le Maroc actuels.

Un premier « geste inamical » du Maroc en 2015

En août 2016, le Maroc s’est élevé contre l’annonce des autorités algériennes de déposer un dossier à l’UNESCO pour faire inscrire le raï au patrimoine mondial de l’humanité. Une association marocaine (l’organisatrice du festival de Oujda) avait annoncé en 2015 déjà qu’elle allait présenter auprès de l’organisme onusien une demande de reconnaissance du raï comme chant populaire marocain. Mais elle n’est jamais allée plus loin.

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Pour Messaoud Bellemou, trompettiste et pionnier du raï moderne, ce « geste inamical » à l’égard de l’Algérie n’était pas innocent. « Il faut être naïf pour croire à la sincérité de cette mise en scène, d’autant qu’elle s’inscrit en droite ligne du décret royal du 20 août 2013, accordant la nationalité marocaine à Khaled. C’est que la star du raï ainsi que le raï pèsent en matière d’image de marque à l’étranger », explique Bellemou dans un récent entretien accordé à El Watan.

« La mémoire commune des deux côtés de la frontière retient que chacun des pays avait une tradition de chanson populaire paillarde. De notre côté de la frontière, en Oranie, c’est le raï. De l’autre, c’est la aïta dont la plus illustre représentante vient de décéder, l’immense Haja Hamdaouia, Rabi yarhamaha », explique Belllemou.

Une rivalité même entre les villes algériennes

Mais il faut dire que la prétention marocaine manque d’arguments face à l’Algérie. Si cette dernière peut présenter en effet des dizaines de chanteurs considérés comme les porte-voix du raï et à la notoriété incontestable car mondialement connus, et autant de pionniers et de pionnières, tous originaires de l’Ouest algérien, au Maroc, on s’en tient à un argument qui ne fait pas le poids : l’organisation chaque année à Oujda d’un festival international du raï.

Messaoud Bellemou doute clairement de la capacité du Le Maroc « à fournir un travail d’expertise sur la base d’éléments vérifiables, en particulier l’historicité, c’est-à-dire que le patrimoine en question a été transmis de génération en génération au sein d’une communauté donnée ».

L’Algérie a donc déposé son dossier mais ce n‘est qu’en décembre 2020 qu’il a été proposé à la 15e session du Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Néanmoins, le dossier a été retiré pour être « renforcé » et redéposé de nouveaux fin mars dernier.

La rivalité sur les origines du raï n’est pas qu’entre l’Algérie et le Maroc. En Algérie même, au moins deux villes revendiquent le statut de « berceau du raï ». Il s’agit de Sidi Bel-Abbès et Oran.

Messaoud Bellemou estime que c’est cette rivalité entre les deux villes de l’ouest algérien qui a fait naitre les prétentions marocaines. Il renvoie même Oran et Sidi Bel-Abbès dos à dos et situe les sources du raï moderne à Aïn Témouchent, toujours dans l’ouest algérien.

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