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Pourquoi les Algériens préfèrent passer les vacances à l’étranger

Des essaims de touristes algériens s’envolent chaque été vers des cieux autrement plus cléments pour y passer des moments de détente.

Et bon an mal an, ce sont pas moins de 3,5 millions d’Algériens qui partent chaque année à l’étranger où ils laissent une vraie fortune, estimée par un expert à au moins 3 milliards de dollars, au grand bonheur des pays récepteurs comme la Tunisie, la Turquie ou encore l’Egypte.

Et sans la fermeture de la frontière algéro-marocaine et la difficulté d’avoir un visa Schengen pour se rendre en Europe, ce nombre aurait été nettement supérieur.

Fait important : le gros de cette manne est capté par nos voisins tunisiens qui tablent, cette année 2018, sur un rush de 2,5 millions touristes algériens alors que la Turquie a reçu la visite, pendant le premier semestre de cette année toujours, de pas moins de 100 000 Algériens – le chiffre a été rendu public dimanche 15 juillet par l’ambassadeur turc à Alger, Mehmet Poroy.

Des chiffres qui témoignent, peut-être, de l’amélioration du niveau de vie de certains de nos compatriotes qui, pour affermir et rehausser leur statut social, se payent des séjours plus ou moins longs dans des contrées lointaines.

Un signe de distinction sociale, en somme. Ces chiffres peuvent être aussi le signe d’un développement d’une certaine culture touristique chez bon nombre de nos concitoyens qui, refusant tout recroquevillement sur soi, partent à la découverte d’autres pays, d’autres cultures et d’autres modes de vie.

Question : le statut social et l’exotisme expliquent-ils, à eux seuls, cette marée algérienne qui se déverse chaque été sur les cotes tunisiennes alors que le pays compte un littoral long de 1600 km ? Bien sur que non, surtout que le gros des troupes de nos touristes se recrute dans les rangs d’une classe moyenne de plus en plus paupérisée.

Les vacances doublement plus chères en Algérie qu’en Tunisie !

Au vrai, le nœud du problème est la grande faiblesse de l’offre touristique locale mais curieusement doublement plus chère que celle de la Tunisie voisine réputée pour ses prestations de qualité.

« Les Algériens demeurent toujours fervents de la destination Tunisie parce que chez nous toutes les conditions ne sont pas réunies pour retenir notre clientèle nationale », a explique Said Boukhelifa, expert en tourisme et président du Syndicat national des agences de voyages (SNAV) il y a trois jours sur les ondes de Radio M.

« Les gens vont à l’étranger pour changer d’air, se sentir en vacances et trouver des services de qualité qu’ils ne trouveront pas chez nous où les offres sont parfois deux fois plus chères », confirme Mohamed Bourad, un autre expert en tourisme.

A titre comparatif, un séjour d’une semaine en bord de mer reviendra à plus 70 000 DA alors que pour une même période en Tunisie ou la qualité de service est largement meilleure, l’Algérien déboursera 35 000 DA.

A Tipaza par exemple, les bungalow sont loués à 20 000 dinars la journée en pension complète et 17000 DA en demi pension. Il est vrai que les hôtels relevant des HTT (hôtellerie/tourisme/thermalisme), gérés par les SGP (société de gestion des participations de l’Etat), ont tenté de casser les prix en cédant leur chambre à 6500 DA la journée en demie pension. Des prix inabordables pour un grand nombre de familles algériennes mais, passons.

Prestations médiocres, saleté des plages

Un des points faibles de la destination domestique est la médiocrité prestations fournies par les établissements hôteliers.

«La culture touristique n’existe pas même chez les hauts responsables de l’Etat qui ne croient pas réellement au tourisme. C’est un manque de convictions adossée à une absence de volonté politique », a regretté Said Boukhelifa.

Plus prosaiquement, Mohamed Bourad, expert en tourisme et ancien directeur du tourisme des wilayas d’El Oued et d’Adrar, pointe du doigt le non professionnalisme de bon nombre des hôteliers algériens. « Ils n’ont pas le savoir faire pour convaincre les Algériens de rester dans le pays. Ils accusent un déficit en matière de marketing et de stratégie de ventes », assène-t-il.

Et de s’épancher davantage sur le sujet: « En plus de la mauvaise qualité des services, il y a chez nous une absence de produits concurrentiels. On n’a pas d’offre diversifiée sur les hébergements (camping, hôtels appartements, résidences, etc) pour cibler toutes les CSP et répondre aux attentes de tous les clients. En outre, nous n’avons pas des animations top, des parcs et des lands ».

Autrement dit, on est très loin du compte et les hôteliers algériens doivent impérativement se mettre à la page et se professionnaliser davantage pour espérer attirer la clientèle locale.

Coté plages, le tableau n’est pas plus reluisant. Elles sont livrées à la saleté et, plus grave encore, à l’insécurité. « Nos plages sont devenues rebutantes, repoussantes, sales et agressives. Vous ne pouvez pas passer une seule journée à la plage tranquillement, sereinement avec votre famille ou en couple. Çà s’est dégradé énormément (…) Ce sont des voyous, dans leur majorité, qui gèrent les plages. Trouvez-moi un seul pays méditerranéen ou un plagiste tue avec un couteau un pauvre citoyen devant sa femme et ses enfants », s’est emporté M. Boukhelifa.

Et les opérations coup de poings fortement médiatisées que mènent les services de sécurité dans les plages n’aident pas à rassurer les estivants, surtout les familles. Au contraire, elles montrent que nos beaux rivages sont devenus des lieux à hauts risques, où il faut éviter de s’y rendre à cause de l’insécurité.

Un déficit de plus de 150 000 lits

Autre talon d’Achille du balnéaire algérien : l’énorme déficit en matière de capacités d’accueil. On compte à peine 40 000 lits alors que les besoins sont estimés à plus de 200 000 lits pour canaliser, un tant soit peu, « une demande nationale potentielle estimée à 02 millions de touristes algériens qui espèrent passer des vacances hébergées » (dixit Said Boukhelifa).

Et les quelques complexes publics existant sont malheureusement dans un état de vétusté et le ministère de tutelle ne pouvait ne pas lancer des travaux de réhabilitation. Quid des hôtels privés essaimés çà et là sur tout le littoral algérien ? Ils laissent à désirer, tout bonnement.

« On a de petits hôtels à l’architecture hideuse qui n’existe nulle part dans le bassin méditerranéen. On na pas un seul complexe digne de ce qu’on trouve à Hammamet, à Antalya en Turquie, à Sharem El Chikh en Egypte ou à Saidia, la nouvelle station balnéaire marocaine. La volonté politique est absente depuis 30 ans. Il y a des velléités sporadiques sans lendemain. Ce n’est pas par la construction d’hôtels n’ importe où et n’importe comment qu’on va développer le tourisme interne sans formation adéquate», s’est catastrophé M.Boukhelifa.

Les investisseurs étrangers, la panacée ?

La solution? Ouvrir le pays à de grands investisseurs pour construire de grands complexes touristiques qui seront en mesure de proposer une offre de qualité à même de rivaliser avec les établissements tunisiens, égyptiens ou turcs.

« Le grand tournant historique, on l’a raté en 2008 quand de gros investisseurs du Golfe (Emiratis, Saoudiens etc) ont voulu construire de grand établissements hôteliers comme ceux de nos concurrents en Méditerranée (Tunisie, Egypte, Turquie, etc) mais qu’on a bloqué à la dernière minute. Si ces projets s’étaient concrétisés et ils l’auraient fait en 03 ans, la moitié des Algériens qui partent en Tunisie seraient restés ici où ils auraient de très bonnes prestations, un grand confort, et des plages propres et accueillantes », a estimé l’ancien conseiller de l’ex-ministre du tourisme Cherfi Rahmani.

Un avis que partage l’expert Mohamed Bourad en analysant : « Pour fonctionner normalement, on a besoin d’au moins 200.000 lits sur le balnéaire. Le problème est qu’il faut du temps pour les réaliser et surtout du savoir faire. En outre, il ne faut pas construire des HLM mais bien plus des grands ensembles hôteliers de 20.000 lits comme ceux de Sharm El Sheikh, Hammamet ou Saadia au Maroc. Il faut une politique et une stratégie cohérente. Il faut aussi impliquer les groupes mondiaux comme c’est le cas en Egypte et en Tunisie».

Reste le problème de la rentabilité de ces mastodontes qui ne peut se faire en se contentant de travailler durant la seule saison estivale.

« Construire 200.000 lits ce n’est pas rentable si ces installations fonctionnent 2 mois dans l’année. Il faut donc cibler les tours opérateurs étrangers pour remplir les installations en hiver et printemps, sans compter l’été », explique M.Bourad, avant de préciser que ce n’est pas du tout évident d’attirer de gros investisseurs étrangers qui sont très à cheval sur la stabilité politique, eux qui mettent de grands capitaux dont le retour sur investissement nécessite parfois plus de 20 ans d’exploitation.

C’est dire la difficulté de la mission des décideurs économiques du pays qui doivent jeter aux orties les lénifiants discours de circonstance, en s’armant de vraies convictions et de volonté politique pour reconstruire la destination Algérie qui accuse un retard de plus de 20 ans.

Surtout que le pays a besoin de diversifier son économie en développant des secteurs générateurs de devises pour faire face à l’amenuisement des recettes pétrolières.

Cette remise sur rail de la mécanique du tourisme algérien est d’autant plus urgente que la destination Tunisie, avec le retour en force des Tour Opérators européens vers le pays du Jasmin, deviendra, dans les toutes prochaines années, très problématique pour les touristes algériens qui, avec la fermeture des frontières algéro-marocaines et les restrictions européennes en matière de visas, la hausse de l’euro sur le marché parallèle, n’auront plus où aller passer des vacances tranquilles.

Ce qui pourrait être une opportunité en or pour le tourisme local pour retrouver son lustre d’antan et s’offrir une clientèle à portée de main et, pourquoi pas, reconquérir le cœur des touristes étrangers qui, depuis 1990, n’ont pas remis les pieds sur les plages algériennes.

Et on a un atout maitre: la beauté sans équivalent du littoral algérien qui a laissé pantois le photographe et réalisateur françaisYann Arthus-Bertrand qui, au terme d’ un film documentaire réalisé en 2015 sur l’Algérie et intitulé ‘’L’Algérie vue du ciel’’, a lâché, frappé d’admiration : «J’ai été soufflé par la beauté de l’Algérie», avant de livrer son verdict : « Si l’Algérie s’ouvre au tourisme, ce sera une bonne chose pour ce pays car il est plus beau que la Tunisie et le Maroc réunis. Ayant visité pratiquement tous les pays du monde, je peux affirmer que l’Algérie est le plus beau pays que j’ai eu à visiter ». Tout est dit.


Par : Arab Chih

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