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Rencontre avec Saliha Hadj-Djilani, auteure du guide du Petit Futé sur l’Algérie


Saliha Hadj-Djilani, journaliste spécialisée dans le tourisme et auteure du guide du Petit Futé sur l’Algérie, répond aux questions de Visas & Voyages – Algérie sur le tourisme en Algérie, dans un entretien exclusif.

Vous avez donc écrit le guide touristique du Petit Futé sur l’Algérie, le seul guide international sur le pays. Parlez-nous de ce guide. Comment l’avez-vous réalisé ?

Le guide Petit Futé sur l’Algérie existait avant que je ne commence à m’en occuper. Je n’ai donc pas travaillé sur ce guide depuis le début, mais un jour ils se sont dits : « il faut que ce soit une Algérienne qui fasse le guide pour cette destination hors des sentiers battus ». On me l’a donc proposé et j’ai répondu : « oui, avec plaisir ». C’était un défi pour moi, parce que j’ai réalisé que je ne connaissais pas vraiment le pays de mes parents. Je l’ai découvert avec ce travail.

J’ai commencé il y a environ dix ans et je retourne tous les deux ans en Algérie pour actualiser le guide. Comme tous les guides du Petit Futé, le guide Algérie est publié en France, en Belgique, en Suisse, au Québec et au Luxembourg. Il est également disponible en ligne sur le site du Petit Futé. Tout le contenu est accessible gratuitement par rubrique, tandis que le guide contient tout.

La collection du Petit Futé est la plus grande collection de guides francophones au monde. Nous nous intéressons à beaucoup de destinations qui sont hors des sentiers battus. C’est vrai que l’Algérie n’est pas forcément une destination touristique comme la Tunisie ou le Maroc par exemple. L’idée est donc de faire découvrir ce pays qui a beaucoup de richesses, qui est très authentique et qui plaît particulièrement aujourd’hui, parce que sa force réside justement dans le fait qu’il ne soit pas tombé dans le tourisme de masse et dans le concept du « all-inclusive », comme le Maroc ou la Tunisie. Ce concept permet d’avoir un séjour abordable mais pas forcément de découvrir la culture du pays et d’aller vers la population locale. L’Algérie n’a pas été absorbée par le tourisme et les touristes veulent ça. Ils veulent pouvoir se promener dans un souk ou dans une rue et découvrir par eux-mêmes le pays. Le fait de ne pas vraiment avoir développé le tourisme devient ainsi une force pour l’Algérie.

J’ai eu l’occasion d’échanger avec l’ambassade d’Algérie en France à plusieurs reprises et ils sont surpris du nombre de demandes de visa qu’ils reçoivent spontanément, sans campagne de tourisme comme le font d’autres pays. Je ne parle même pas des Franco-Algériens mais des Français, ou des francophones en général, qui viennent en Algérie spontanément parce qu’ils veulent découvrir le pays.

Aujourd’hui, tout le monde sait que l’Algérie est un pays sûr. Le touriste n’a plus peur d’aller dans des pays comme l’Algérie et il sait qu’il va voir le vrai pays. C’est justement cet aspect qui plaît et c’est pour cela que le guide Algérie se vend « comme des petits pains ». J’ai d’ailleurs dû partir en mission en Algérie plus tôt que prévu car il était en rupture de stock. L’Algérie a le vent en poupe.

À mon avis, le tourisme est vraiment un aspect à prendre en compte, sans tomber dans le tourisme de masse. Il y a un bassin d’emploi à développer. Nous recevons des courriers de touristes qui ont pris le guide et sont partis en Algérie et tous disent avoir été très bien accueillis et qu’ils ont même été surpris de recevoir des cadeaux. Beaucoup de gens passionnés portent cette destination.


Culture, monuments, gastronomie… Quels éléments avez-vous choisi de mettre en avant dans ce guide ?

Tous les guides contiennent les mêmes rubriques : restaurants, visites, gastronomie, découverte du pays… L’idée est de donner une carte postale du pays, la plus juste possible, et en rapport avec l’actualité. Il y a donc une petite partie politique par exemple, où l’on explique l’actualité politique et économique…etc. Nous faisons cela pour tous les guides. Le touriste doit savoir, avec le guide, où il met les pieds et ce qu’il se passe dans le pays à ce moment-là.

Nous produisons donc cette carte postale globale du pays (culture, arts…), puis nous allons dans le détail, région par région, ville par ville, en donnant de bonnes adresses. Pour avoir ces bonnes adresses, je me mets en immersion totale dans le pays. Comme c’est un grand pays, je demande également à la famille, aux locaux, et je m’appuie sur des gens qui y vivent. Dans le guide, nous précisons d’ailleurs aux touristes qu’en cas de doute, ils peuvent toujours demander aux locaux. L’idée est d’être sur le terrain.

Ce guide touristique est actualisé tous les deux ans. Comment se fait cette actualisation ?

 

Je pars en mission. En général pour l’Algérie, la mission dure un mois. J’essaie de creuser certaines destinations que je n’avais pas pu creuser la dernière fois. Il n’est pas possible de faire toute l’Algérie en un mois, c’est un grand pays. Je me focalise donc essentiellement sur les régions les plus touristiques, parce que ce sont ces régions qui vont intéresser les touristes. Nous allons donc vers l’essentiel : les régions côtières évidemment, les parties plages, les parties sites antiques…etc. Tipaza par exemple est une destination incontournable. Alger, la capitale bien sûr…

Il faut également savoir qu’en plus du guide Algérie, il existe deux guides consacrés à des villes et leurs environs : le guide Alger du Petit Futé, qui est sorti il y a quelques mois et que j’actualise tous les ans, ainsi que le guide Oran, qui a été créé il y a deux ans. Je vais repartir au printemps pour l’actualiser. Avec les jeux méditerranéens prévus en 2021, ce guide intéresse les sportifs qui viendront de toute la Méditerranée, ainsi que les délégations.

Quels endroits en Algérie conseillez-vous de visiter ?

Nous conseillons toute l’Algérie, tous les endroits. Le pays a de très belles zones touristiques bien sûr. Je commencerai par Alger, qui est un « immanquable » pour moi, au niveau historique, en termes de beauté de l’architecture, ne serait-ce qu’au niveau de la Casbah…il y a tellement de choses à faire à Alger. C’est une ville pleine de dynamisme, qui est en plein renouveau. Alger, pour moi, est « obligatoire ».

Ensuite, il faut voir une autre grande ville, Oran ou Constantine, pour se faire une idée d’une autre ville qu’Alger, parce que malheureusement parfois les gens ne vont pas plus loin qu’Alger, ou alors ils vont dans le Sud. Et le Sud est magnifique, mais il faut essayer d’aller dans les autres villes.

Il y a également le Sud. Il faut le faire bien sûr, c’est magnifique. Le Sahara est unique au monde. Il y a tellement de patrimoine de l’UNESCO dans le Sahara, il ne faut pas manquer cela.

Personnellement, ce que j’adore et ce que je recommande vivement, ce sont les sites archéologiques. On n’y pense pas forcément lorsque l’on est un touriste extérieur sans origine algérienne, mais l’Algérie a des sites numides et romains qui sont époustouflants. Par exemple, Tipaza, Timgad et plein de petits sites du côté d’Oran qui ne sont pas très connus. Il faut les visiter. On se retrouve seul au monde au milieu de ruines ancestrales et relativement bien préservées, ce qui n’arrivera jamais ailleurs, comme à Rome, ou en Grèce, où il y a beaucoup de touristes qui font des selfies (rires). En Algérie, on est seul au monde et on a l’impression d’avoir fait un bond dans l’Histoire. En tout cas pour ma part, j’ai eu cette impression plusieurs fois dans les sites archéologiques et cette impression est presque « mystique », parce que le site est quasiment intact. Et les gens n’imaginent pas cela. Ils sont surpris par Tipaza, mais encore plus lorsqu’ils apprennent qu’il y a d’autres sites archéologiques en Algérie. Les gens n’imaginent pas toutes les civilisations qui sont passées par-là.

À votre avis, que doit faire l’Algérie pour développer le tourisme ?

C’est un vaste sujet. Je pense que l’Algérie doit continuer sur cette lancée autour de l’authenticité. Je suis convaincue qu’il y a une carte à jouer sur cet aspect à travers le tourisme avec les locaux, qu’il faudrait développer de façon plus encadrée car ce n’est pas le cas aujourd’hui. Il faut donc développer les maisons d’hôtes et les chambres d’hôtes, pour rendre le tourisme en Algérie accessible au niveau tarifaire, car je constate, par rapport aux tarifs hôteliers, que l’Algérie reste relativement chère. Je fais en effet l’actualisation des tarifs hôteliers et je parle de toute l’Algérie. Les Algériens eux-mêmes, au lieu de passer des vacances en Algérie, vont en Tunisie car c’est moins cher et c’est dommage parce que l’Algérie est un pays magnifique et que les nationaux ne le connaissent pas toujours. Ils vont dans le Sud, mais rarement dans les autres villes (Constantine, Annaba, villes de Kabylie…), parce que c’est cher ou parce que les gens ne se sentent pas en sécurité dans un Airbnb ou une maison d’hôtes. Je pense donc qu’il faudrait développer ce système de tourisme avec l’hôte. À mon avis, les Algériens n’attendent que ça, parce qu’ils sont accueillants. Même s’ils disent ne pas vouloir le tourisme de masse, je suis certaine que ce serait une carte à jouer.

Il faudrait peut-être également baisser les tarifs hôteliers, car ils ne sont pas compétitifs, par exemple par rapport à la Tunisie et au Maroc. Et c’est dommage. Personnellement, j’aimerais bien qu’un jour, au lieu de dire « je vais en city break à Marrakech », les gens me disent « je vais en city break à Alger ».

Il faudrait également assouplir la politique des visas, la procédure n’étant pas toujours simple, même s’il y a eu une amélioration. Parfois, des gens me disent : « on est déçus, on avait tout réservé, mais on n’a pas eu le visa à temps ». En général, cela arrive dans les villes de province, moins à Paris, mais c’est dommage quand même, parce que ces gens rêvaient d’aller en Algérie et ils n’y vont pas. Je sais que la situation est en train de s’améliorer aujourd’hui.

Un autre élément consisterait peut-être à développer le personnel hôtelier au niveau professionnel, notamment dans certains établissements. Les gens ne sont pas forcément formés et la formation est souvent approximative, ce qui fait très mal au tourisme, car quand on arrive dans un hôtel et que l’accueil n’est pas bon, tout le séjour est ruiné. Il faut donc faire attention à cet aspect.

Je pense en tout cas qu’il ne faut surtout pas aller vers le tourisme de masse, ou en tout-inclus comme l’a fait la Tunisie, qui se rend compte aujourd’hui que ce n’était pas bon pour son tourisme car l’économie locale n’en profite pas. Avec le tourisme chez l’habitant, les touristes vont acheter leurs courses à côté, vont se promener et découvrir le commerce du coin, tandis qu’avec une offre all-inclusive dans un hôtel, ils font travailler l’hôtel et ne sortent pas, hormis une ou deux excursions. Pour que le tourisme profite à toute l’économie, je pense qu’il faut jouer sur le tourisme chez l’habitant. Cela demande plein de choses, parmi lesquelles un encadrement, mais le pays sort toujours gagnant. À Tunis par exemple, beaucoup de maisons d’hôtes se sont développées, une tendance qui a débuté il y a trois ou quatre ans et qui marche très bien.

Vous avez visité plusieurs pays, à travers les cinq continents. Quelles destinations conseillez-vous aux Algériens de visiter ?

Je leur conseille très vivement de visiter Cuba. En arrivant dans ce pays, si vous dites que vous êtes algérien(ne), c’est comme si toutes les barrières tombaient. À Cuba, ils me disent : « tu es une sœur, pas une touriste ». Ils adorent les Algériens et très souvent, ils me demandent pourquoi il n’y a pas plus d’Algériens qui viennent à Cuba. Ils ne comprennent pas. Je réponds qu’il y en a, mais que c’est un peu loin et un peu cher. Il faudrait donc développer cela du côté des tour-opérateurs sur place, avec des accords.

Il faut aller à Cuba. On s’y sent un peu comme en Algérie. Les gens sont très accueillants. Il ne faut pas oublier que Che Guevara est allé à Alger, que les Cubains le savent et ont une culture très importante, comme la culture algérienne. Ils connaissent le passé des deux pays. On est donc très bien accueillis. Jusqu’à la fin de sa vie, Fidel Castro portait régulièrement le maillot de l‘équipe nationale algérienne. Il y a une amitié entre les deux pays.

Par ailleurs, il y a une ambiance festive à Cuba et les plages sont magnifiques. C’est une destination qui convient à tout le monde, qui plaît beaucoup aux familles, aux jeunes, et c’est une destination sûre. C’est l’un des pays les plus sûrs au monde. Le régime surveille en effet très bien la situation sécuritaire cas ils savent que le tourisme est l’élément clé de leur PIB.

Donc je conseille vivement Cuba.


Le guide du Petit Futé sur l’Algérie est disponible dans les aéroports, mais également dans certaines librairies à Alger, dont la librairie du Tiers Monde. Le nouveau guide 2020/2021 est également disponible sur Amazon et via la boutique du Petit Futé.

Saliha Hadj-Djilani a écrit une soixantaine de guides Petit Futé dans le monde, dont celui sur Cuba.

Elle partage ses aventures à travers son site dédié au voyage, 1001 Découvertes, et réalise également des podcasts autour du voyage à travers sa chaine de podcasts intitulée « Les podtrips de Saliha », accessible sur Spotify, Apple Podcasts, Google Podcasts, Podcast Addict et Majelan.

Par ailleurs, la journaliste anime sur Beur FM l’émission de voyage « Le Monde de Saliha », qui traite souvent de l’Algérie. Une émission consacrée à la Casbah d’Alger est prévue ce dimanche 1er mars 2020, de 10h à 11h. Elle sera accessible directement via le site de la radio beurfm.net

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