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Soupçons concernant la délivrance de visas par Malte à des Algériens : précisions

Un article publié ce dimanche sur le site du quotidien Times of Malta revient sur l’affaire des visas délivrés par le consulat de Malte à des Algériens entre mars 2014 et septembre 2015. L’article évoque notamment des « vols fantômes » opérés par la compagnie aérienne Air Malta, reliant Malte à Alger, qui enregistraient un taux de « no-show » de 90%. Le quotidien cite comme exemple un vol Malte-Alger en 2015, comptant des réservations de 100 passagers mais pour lequel seuls huit se sont présentés.

Alex Fezouine, homme d’affaires et ancien agent commercial d’Air Malta pour l’Algérie, présent pour ce vol en 2015, révèle qu’il était « très commun » pour ces vols de partir avec un taux de « no-show » de 90%. Il soupçonne des opérations irrégulières, « juste à côté du consulat de Malte à Alger », de vente de faux documents et d’octroi de facilitations en vue de l’obtention d’un visa Schengen, permettant à son détenteur de se rendre à Malte, puis en Europe continentale, sans aucune intention de retourner en Algérie.

M. Fezouine transmet ses soupçons à Robert Falzon, alors consul de Malte à Alger, puis au Premier ministre maltais, au ministre des Affaires étrangères et à la police maltaise. Times of Malta mentionne le lien de parenté entre le consul de Malte à Alger à cette période, M. Falzon, et le Premier ministre maltais, Joseph Muscat. M. Fezouine révèle au Sunday Times of Malta que « la police n’a montré que peu d’intérêt » pour une enquête sur ces soupçons concernant l’octroi des visas. Il ajoute qu’un commissaire de police, Lawrence Cutajar, alors commissaire assistant chargé de l’immigration, avait évoqué le lien de parenté entre le consul lors des faits et le Premier ministre comme « un facteur qui complique l’enquête ». Ce commissaire de police assurera au Sunday Times of Malte qu’une enquête a été menée et qu’un rapport a été envoyé au National Audit Office (NAO), l’organe de contrôle maltais.

La police explique à M. Fezouine qu’il n’a présenté aucune preuve de ces opérations irrégulières, atteste l’homme d’affaires algéro-maltais. Mais ce dernier estime que « tout ce que la police avait à faire était d’observer les passagers débarquant du vol provenant d’Algérie », expliquant que ces personnes « se précipitent au guichet d’Air Malta à leur arrivée pour réserver une place sur le prochain vol pour Paris ».

Selon M. Fezouine, les personnes impliquées dans ces opérations demandaient entre 4000 et 8000 € pour délivrer aux demandeurs de visa une preuve d’emploi, des fiches de paie…etc. Les demandeurs de visa se présentaient ensuite auprès de la société chargée de la réception des demandes de visa, qui se trouve au même endroit que le consulat de Malte. L’analyse des documents reçus par la police dans le cadre de la procédure d’examen des demandes de visa aurait été « un bon point de départ », estime M. Fezouine. « Comment est-ce possible d’avoir des individus venant d’une multitude d’endroits différents tous soi-disant employés par la même société et présentant les mêmes fiches de paie », se demande-t-il.

Pour M. Fezouine, voir le nombre d’arrivées d’Algériens à Malte devenait de plus en plus frustrant pour la police de l’Immigration, qui commençait donc à envoyer des personnes en détention en attendant leur vol retour. À ce sujet, le commissaire de police indique au Sunday Times of Malta que les citoyens de pays tiers qui ne remplissent pas les conditions d’entrée sur le territoire maltais sont renvoyés et que les Algériens ne font pas exception à cette règle. Quant aux « vols fantômes » d’Air Malta vers Alger, il explique que les personnes qui détiennent un visa Schengen ne sont pas obligées de repartir dans leur pays depuis Malte, rappelant qu’ « ils peuvent légalement se rendre dans d’autres pays membres de l’espace Schengen dans le respect de la période de validité de leur visa ».

Une mission diplomatique algérienne à Malte avait engagé des discussions avec George Vella, alors ministre des Affaires étrangères, et le Premier ministre, au sujet du taux élevé d’Algériens qui ne repartaient pas en Algérie après avoir obtenu un visa délivré par le consulat de Malte à Alger, explique l’article. Le ministre des Affaires étrangères à cette période avait alors souligné les chiffres qui montraient un taux de refus de visas dans la moyenne par rapport aux autres pays européens, témoigne M. Fezouine, qui avait assisté à ces réunions selon le Times of Malta.

Au sujet des soupçons mis en avant par l’homme d’affaires, une porte-parole du cabinet du Premier ministre explique que M. Fezouine n’a jamais demandé de « whistleblower protection » (c’est-à-dire une protection pour les personnes qui signalent un méfait). Selon la porte-parole, il « a remis un rapport aux autorités », la police a enquêté sur les soupçons communiqués et a transmis les conclusions au NAO, qui a mené une enquête « approfondie ». L’organe de contrôle a estimé que le gouvernement avait pris des « mesures satisfaisantes » dans ce cas, en transmettant les rapports à la police, a indiqué la porte-parole, qui a ajouté que la Commission européenne s’était également penchée sur ces soupçons.

Alex Fezouine estime qu’il « a payé le prix » pour avoir signalé ces irrégularités dans l’octroi des visas. Il cite par exemple des retards dans le traitement des demandes de visa par le consulat pour les clients de son agence de voyage, ou encore l’octroi à ses clients de visas qui ont déjà expiré au moment où ils se présentent pour récupérer leurs passeports. Dans son rapport, le NAO note qu’entre fin 2014 et août 2015, l’agence de voyage de l’homme d’affaires, XL Travel, a émis des soupçons concernant la régularité de la délivrance des visas par le consulat à Alger. Mais l’institution souligne également que juste avant cette période, XL Travel faisait elle-même l’objet de plusieurs accusations par une personne anonyme, qui estimait que l’agence recevait un « traitement préférentiel » de la part du consulat. Selon le rapport, XL Travel a également fait l’objet d’accusations, par une personne anonyme, impliquant la « délivrance de visas de façon frauduleuse ».

Par ailleurs, le rapport indique que la relation entre le consulat et XL Travel est devenue « tendue » en octobre 2014. L’organe de contrôle a trouvé une correspondance entre le consulat et Air Malta, datant du 27 octobre 2014 et qui mentionne le fait que XL Travel faisait de la promotion sur les réseaux sociaux pour un séjour Malte-Paris. Le consul avait alors « conseillé » à Air Malta d’empêcher XL Travel de « mentionner la facilitation de visas Schengen », car cela attirait les « visa shoppers » (terme qui fait référence aux personnes qui déposent des demandes de visa auprès des consulats d’autres pays de l’Union européenne après une première demande refusée, selon la définition de la Commission européenne). Contrairement aux affirmations du commissaire de police, le consul expliquait dans cette correspondance que la délivrance d’un visa pour un tel séjour (Malte-Paris) n’était pas possible.

Selon le NAO, le consul a envoyé à la police une correspondance de l’agence de voyage soulevant une irrégularité dans la procédure de traitement des demandes de visa. Toujours selon l’institution, le consul avait insinué que ces allégations étaient motivées par le fait qu’il avait présenté à Air Malta le remplaçant de XL Travel pour la fonction d’agents de la compagnie aérienne, mais aussi par les refus de visas à des clients de l’agence de voyage, explique le Times of Malta. M. Fezouine, de son côté, affirme qu’il a démissionné de son poste d’agent d’Air Malta parce qu’il avait été déçu de « l’inaction » de la compagnie aérienne face aux « vols fantômes » et aux irrégularités dans l’octroi des visas. Selon l’article, Alex Fezouine a été informé, deux mois après la publication du rapport du NAO, que sa nationalité maltaise était révoquée car il semblerait qu’elle ait été « obtenue par fraude », ce que M. Fezouine dément, poursuit le Times of Malta.

Pour rappel, Le National Audit Office (NAO) a publié un communiqué le 30 janvier 2019, dans lequel il émettait des soupçons quant à la régularité de la délivrance par le consulat de Malte à Alger de visas entre mars 2014 et septembre 2015. L’institution a relevé, dans le communiqué, une « absence de visibilité » dans le processus suivant la délivrance du visa ou son refus, étape impliquant « une tierce partie ».

Le NAO a souligné par ailleurs que durant la période concernée par les investigations, 5.083 voyageurs sont arrivés à Malte depuis l’Algérie, dont 3.696 avec des visas délivrés par le consulat de Malte à Alger, alors que seulement 2 664 (dont 882 détenteurs de visas délivrés par le consulat de Malte à Alger) sont partis en Algérie.

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