Visas pour la France : pourquoi les rendez-vous sont difficiles à obtenir

Le : 16 mai 2018

Depuis quelques semaines, il est difficile d’obtenir un rendez-vous pour le dépôt d’un dossier de demande de visa pour la France à Alger. « Cela fait plus de quinze jours que je me connecte plusieurs fois par jour au service VFS Global mais je n’arrive pas à obtenir de rendez-vous », affirme un cadre dans une société privée, habitué des voyages en France. « J’essaye depuis maintenant dix jours, sans succès », confirme un journaliste.

 

Ces difficultés, qui perdurent malgré le changement du prestataire pour la circonscription consulaire d’Alger (VFS Global a remplacé TLS Contact) ont fait naître des inquiétudes parmi les demandeurs de visas. Mais selon une source consulaire qui s’est confiée à Visas & Voyages Algérie, cette situation n’est pas liée à un quelconque changement de politique en matière de visas.

Rythme de croisière

 

Selon notre source, la mise en place du nouveau prestataire VFS Global a nécessité une période de rodage mais se félicite en expliquant : « Nous avons presque retrouvé en trois semaines le régime de croisière qu’on avait avec TLS, ce qui est un exploit en soi ». Si à « ses débuts, VFS recevait quelques centaines de demandes de visas par jour, elle en reçoit actuellement près de 1500 ». Il y a donc 45.000 demandeurs qui disposent d’un rendez-vous confirmé pour les deux prochains mois.

 

Notre source souligne en particulier l’une des améliorations apportées par le nouveau cahier des charges. Il s’agit de la confirmation du rendez-vous par prépaiement des frais de service. « Le taux de no show (rendez-vous non-honorés) était de 37% à 40% auparavant mais avec le nouveau système et l’obligation de prépaiement des frais de service, il y a une évolution très positive et ce taux est actuellement inférieur à 10% », détaille notre source.

 

Le nouveau système permet également de réinjecter les rendez-vous non-confirmés, ce qui permet d’augmenter l’offre et de diminuer le nombre de rendez-vous perdus.

 

Le phénomène des intermédiaires

 

S’agissant des difficultés rencontrées par certains demandeurs pour réserver un rendez-vous, notre source pointe le rôle d’« officines » qui « réservent des rendez-vous en vue de les revendre ». Concrètement, sur les 1500 rendez-vous qui sont proposés quotidiennement par le Consulat sur le site de VSF, beaucoup sont souvent réservés par ces « officines » qui proposent au demandeur de réserver un rendez-vous à leur place.

 

Les offres de service pour prendre un rendez-vous de dépôt de dossier de demande de visa pour la France sont de plus en plus nombreuses sur Internet, notamment sur les réseaux sociaux utilisés massivement par ces officines, a-t-on constaté. Les tarifs pratiqués par ces « intermédiaires » pourraient aller, dans certains cas, jusqu’à 20.000 dinars le rendez-vous alors que les rendez-vous sont normalement gratuits.

 

Ces « officines » ont, selon notre source consulaire « tout une batterie d’instruments » et pourraient même « disposer de robots qui veillent et alertent lorsque des créneaux sont ouverts ». Il est très difficile de les bloquer car « ils utilisent des VPN ». Selon notre source, agir contre ces « officines » est difficile. « Ce qu’elles font est à la limite de l’illégalité », souligne-t-elle, mettant en garde les demandeurs contre le recours à de tels intermédiaires qui s’enrichissent sur le dos des demandeurs alors que l’accès à un rendez-vous est gratuit.

 

Notre source souligne en outre que ces intermédiaires proposent souvent de constituer le dossier à la place du demandeur, un dossier qui s’avère dans de nombreux cas incomplet ou non conforme.

 

Les perturbations dans la prise de rendez-vous auprès de VFS Global ne sont pas liées à des trafics ou à des malversations au sein de l’entreprise VFS, insiste notre source. Elle affirme que « les équipes algériennes travaillant pour VFS n’ont pas travaillé avec TLS et n’ont pas accès au système informatique. « Les rendez-vous sont attribués automatiquement par un système informatique hébergé à l’étranger ».

Chamboulement de la procédure de demande de visa

 

La procédure de demande de visa pour la France a beaucoup changé depuis le début de l’année 2018, avec la mise en place de la plateforme France-Visa sur laquelle le demandeur doit s’inscrire, en plus de suivre la procédure habituelle de demande de visa, à savoir la prise de rendez-vous chez le prestataire de service, TLS Contact auparavant et VFS Global depuis le mois d’avril.

 

Notre source juge toutefois que ce chamboulement provoqué par l’introduction de France-Visa, du prépaiement et le changement de prestataire n’a toutefois pas affecté les demandeurs de visas qui ont été « près de 38.000 à s’inscrire sur France-Visa depuis que le système a été adopté en Algérie », selon la source consulaire.

 

Celle-ci ajoute que France-Visa doit garantir la constitution d’un dossier complet et conforme à la réglementation Schengen. Cette nouvelle procédure est au bénéfice des demandeurs puisqu’un dossier conforme augmente les chances de décision positive. À cet égard, notre source met en garde les demandeurs puisque de nombreux Algériens se sont fait refouler par la police française aux frontières l’année dernière car ils ne disposaient pas des justificatifs requis à leur passage en douane. Elle cite notamment l’exemple fréquent d’une réservation d’hôtel effectuée lors de la demande de visa mais annulée ensuite avant le départ.

 

Une procédure de traitement des demandes « bien rodée »

 

La procédure de traitement des demandes de visa est bien rodée, elle implique un nombre important d’agents consulaires français « affectés au consulat de France à Alger spécifiquement pour traiter les demandes de visa », explique notre source selon laquelle « chaque dossier est étudié et traité individuellement, il n’y a pas de machines ou de traitement à la chaîne ».

 

Chaque matin, environ 1500 dossiers de demande de visa déposés la veille au centre VFS Global sont acheminés au consulat dans des valises sécurisées et scellées à leur départ du centre et qui ne sont ouvertes qu’à leur arrivée au consulat.

 

Une fois réceptionnées, les dossiers de demande de visa sont comptés et scannés et la même procédure est répétée avant le renvoi des dossiers vers VFS où ils seront à nouveau comptés. Cette procédure empêche toute perte de dossier, selon notre source qui affirme que les rumeurs de perte de dossiers de demande de visa ou de leur séquestration au niveau des centres VFS ou TLS sont infondées.

 

Les dossiers de demande de visa sont par la suite contrôlés, saisis et enregistrés sur le système informatique du consulat qui vérifie également les sommes versées par les demandeurs au titre de frais de visa et frais de dossier. « Chaque jour, nous vérifions si les sommes perçues sont équivalentes au nombre de dossiers reçus », insiste notre source.

 

Le visa est accordé ou refusé par le consulat de France après étude de chaque dossier mais un autre accord est encore nécessaire, celui des États membres de la convention Schengen.

 

« Cet accord nous parvient dans un délai de 7 jours minimum, ce qui correspond au délai minimal pour accorder un visa, il est impossible de le faire en moins de temps », explique notre source qui ajoute qu’à cause de ce délai d’attente, « entre 10 000 et 15 000 dossiers de demande de visa sont en permanence en attente dans les bureaux du consulat ».

 

Les vérifications qu’effectuent les États membres de Schengen sont surtout sécuritaires et ne concernent pas les capacités financières ou d’hébergement du demandeur. « Ils vérifient si le demandeur est déjà défavorablement connu, s’il a par exemple commis un délit dans un des pays », détaille notre source.

 

Cette procédure de traitement des demandes de visa a permis aux services consulaires français d’Alger de traiter 348 405 dossiers de demande de visa en 2017, dont 226 346 ont reçu des réponses favorables.

 

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Auteur : Hassane Saadoune

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