Le marché parallèle des changes en Algérie connaît une situation particulière ces dernières semaines, avec des flambées inédites de l’euro et du dollar face au dinar algérien. Quelles sont les raisons derrière cette flambée et va-t-elle durer ?
Hier mercredi 26 novembre, l’euro était proposé à hauteur de 290 dinars au square Port-Saïd d’Alger, principale place du change parallèle en Algérie. Il aurait atteint 292 dinars dans d’autres régions du pays où l’offre est plus faible que la demande. Le dollar américain a renoué avec son record historique de 248 dinars, pour la première fois depuis décembre dernier.
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« Une flambée artificielle en raison d’une bulle spéculative injustifiée »
Des experts cités, ce jeudi, par le journal Echorouk attribuent cette hausse principalement à la spéculation intense des cambistes du marché parallèle et à la forte demande sur l’importation de véhicules de moins de trois ans depuis juillet dernier en provenance de Chine.
De leur point de vue, il ne s’agit que d’une flambée conjoncturelle, qui s’arrêtera sans doute avec le recul de la bulle spéculative et de la demande, notamment après la décision des autorités d’interdire les importations groupées de voitures d’occasion.
À ce propos, l’économiste Fares Habbache explique que la flambée des devises n’est ni une situation économique ordinaire ni un impact direct de la filière automobile, mais plutôt « une bulle spéculative injustifiée et conjoncturelle ».
Il explique que le marché parallèle connaît actuellement « une hausse artificielle », provoquée par les cambistes qui cherchent à faire grimper les prix de vente pour réaliser un maximum de profits. Pour lui, « ce comportement est le principal moteur de la hausse actuelle, et non la demande réelle du marché ».
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« Le marché parallèle devrait connaître une baisse d’ici la fin du mois »
L’intervenant ajoute que l’impact de la forte demande sur l’importation des voitures et l’activité des intermédiaires est relatif, car « ces facteurs ne justifient en aucun cas que le prix atteigne ce niveau aussi élevé ».
Quoi qu’il en soit, le spécialiste est certain que les niveaux élevés des valeurs des devises ne tiendront pas longtemps. « Le marché devrait connaître une baisse d’ici la fin du mois, avec le recul de la spéculation et le retour d’un équilibre relatif entre l’offre et la demande », dit-il.
Pour sa part, le député et membre de la commission des finances à l’APN, Mohamed Mir, indique que la pression sur les devises au marché noir est due à « la très forte demande sur l’importation de voitures d’occasion en provenance de Chine, après l’adoption des nouveaux tarifs douaniers ».
D’ailleurs, il estime que l’interdiction des importations groupées « réduira naturellement la demande spéculative sur l’euro, ce qui contribuera à calmer relativement les cours durant la prochaine période ».
« Une réduction de 10 à 25 % sur la demande en devise »
Bien qu’il partage cet avis, le spécialiste en sciences économiques, Houari Tigharsi, explique que l’interdiction des importations collectives ne suffira pas, à elle seule, à réguler le marché ou à rétablir la confiance.
Mais cette mesure « va certainement contribuer à réduire une partie de la demande en euros, en particulier celle liée à l’importation de voitures, ce qui pourrait alléger la pression sur le marché des changes à court terme ».
De son point de vue, les tenants du marché parallèle des devises « chercheront toujours des moyens de poursuivre leurs activités, que ce soit en exploitant des vides juridiques ou en s’appuyant sur des membres de la diaspora ou des agents indirects, à moins que la surveillance ne soit stricte ».
Par ailleurs, le spécialiste a avancé une estimation approximative sur l’impact de la mesure concernant les voitures, affirmant « que son application stricte pourrait réduire la demande mensuelle en devise des particuliers de 10 à 25 %, en fonction de la demande réelle en importations automobiles ».
