À la tête de six boutiques Tema’s Cake dont cinq en France, Fatima El Kebir, cheffe d’entreprise franco-algérienne, s’est imposée parmi les pâtissiers à succès en France.
Du haut de ses 37 ans, la pâtissière revient aujourd’hui sur les embûches qui ont semé son parcours : des attaques et des préjugés qui perdurent et ciblent ses origines et son voile.
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« On nous juge par rapport au voile »
Fatima, alias Tema, révèle avoir découvert la pâtisserie tardivement, à 28 ans. Avant cela, elle travaillait dans l’esthétique, un domaine qui lui a fermé ses portes lorsqu’elle a choisi de porter le voile.
« Je me suis voilée en 2013-2014. J’étais dans l’esthétique et je voulais continuer dans ce domaine. Sauf qu’avec mon voile, les portes se sont fermées », confie-t-elle pour le média Pluriel.
Malgré les doutes de son entourage, de ses parents qui estiment que « le voile n’est pas la solution en France », elle tient bon : « On nous juge par rapport au voile, à croire qu’une femme voilée n’a pas de talent, pas forcément un bon niveau pour travailler… J’ai décidé de porter le voile, pour rien au monde je ne renierai ça ».
Tema se tourne alors vers la pâtisserie, et là aussi, les débuts sont rudes, mais les premiers ateliers lui redonnent confiance, autant que les retours de ses élèves.
« Je ne me sentais pas forcément à l’aise, pas légitime. J’ai pris confiance surtout quand je faisais des ateliers et que je voyais les filles heureuses du résultat », raconte-t-elle.
Elle dirige désormais 7 boutiques et emploie des dizaines de personnes. Néanmoins, même ce succès ne suffit pas à faire taire les attaques :
« On a dit que « ces gâteaux-là, on les donne même pas à des chiens ». On jette mes gâteaux à la poubelle. Je me disais « comment peut-on être aussi méchant ? » ».
Des remarques blessantes mais qui ne la définissent pas. « Ce n’est pas moi qui vais changer le monde aujourd’hui ».
Une réussite payée au prix de sacrifices
Si la pâtissière franco-algérienne s’impose dans un milieu majoritairement masculin, ce n’est pas sans conséquences.
« Ma santé en a pris un coup. J’ai des problèmes d’arthrose et de tendinite parce que je portais du lourd, je travaillais 16 à 17 heures par jour sans arrêt », dévoile-t-elle.
Ses sacrifices ont également touché sa vie personnelle : Tema n’a pas vu grandir ses enfants, âgés alors de 5 ans et 2 mois. « C’est mon seul regret aujourd’hui ».
@plurielmedia Tema’s Cake se confie sur les sacrifices qu’elle a dû faire pour réussir sa carrière d’entrepreneuse : confiance en soi, passion de la pâtisserie, syndrome de l’imposteur, vie de famille, port du voile dans le travail. Son témoignage complet est sur notre chaîne YouTube : Plurielmedia. 🫶 @Tema’s cake #cake #storytime #fyp #pourtoi #gateau
Après des années de travail acharné, l’entrepreneure prend enfin la mesure de son parcours : « Depuis environ un an, je me dis que je suis fière de moi ».
La recette de son succès ? « Juste y croire ». C’est d’ailleurs le conseil qu’elle adresse à la jeune génération : « La génération actuelle veut gagner beaucoup d’argent tout de suite, ce n’est pas vrai, ça n’existe pas. Ça m’a pris des années, 7 ans pour réussir », conclut-elle.
