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Acide, frais et sans artifice, en Algérie et dans les autres pays du Maghreb, le Lben, ou lait battu, ne se discute pas. Que ce soit avec du couscous, une chakhchoukha, une galette, une seffa ou du rfiss, il est le contrepoint des plats riches, gras ou sucrés.

Durant le Ramadan, il ouvre traditionnellement l’iftar (rupture du jeûne) avec quelques dattes. Boisson populaire, on le consomme nature, toujours, et il voyage aussi avec la diaspora maghrébine.

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Mais depuis peu, une version inattendue fait son apparition en France et en Belgique : le lait battu sucré, parfois même aromatisé aux fruits. Un produit totalement inconnu en Algérie et au Maghreb, et qui interroge sur la manière dont la logique commerciale dénature les traditions.

Le marché Halal investi par la grande distribution

Dans la gastronomie algérienne, le Lben, ou leben, est indissociable de sa simplicité. L’idée même d’un lait battu sucré ne correspond à aucune pratique ancrée en Algérie ou dans les autres pays de la région.

En Europe en revanche, le produit commence à se faire une place. Une marque, notamment en Belgique, propose désormais du lait battu sucré, décliné même en version aromatisée. Une adaptation inhabituelle qui s’inscrit dans un contexte plus large, celui de l’offre ciblée autour du Ramadan.

Comme le souligne RMC Conso, « les enseignes de grande distribution et les industriels ont fait du Ramadan un temps fort marketing, là où ils s’en cachaient auparavant ».

Produits Halal, dattes, feuilles de brick promotions ciblées, le Ramadan est devenu une période stratégique. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : les dépenses alimentaires des musulmans augmentent de 40 % durant ce mois, d’après le cabinet d’études marketing Solis. Dans un tel contexte, l’innovation produit devient un levier.

Le spécialiste Abbas Bendali analyse : « Aujourd’hui, les grandes enseignes connaissent très bien ces consommateurs et savent mieux les viser. Elles demandent donc aux industriels d’en faire. Et ces derniers mènent une âpre bataille pour se faire une place en rayons ».

Autrement dit, la tendance n’est pas qu’à la distribution des produits traditionnels, mais aussi à la création de nouveautés pour capter un marché toujours plus grand.

Un produit traditionnel détourné

Le marché Halal en France est d’ailleurs décrit comme dynamique, arrivé « à maturité » : les marques se multiplient, on voit apparaître des gammes premium, et la concurrence se fait plus rude que jamais.

Dans ce paysage, proposer du lait battu sucré n’est pas une simple diversification, mais relève du décalage culturel.

Le Lben traditionnel n’a aucun lien avec une logique de boisson sucrée ou aromatisée, encore moins avec un produit associé exclusivement au Ramadan. Traditionnellement, il accompagne la rupture du jeûne dans sa forme la plus simple pour équilibrer l’organisme après une journée d’abstinence.

Le transformer en produit gourmand « pour toute la famille », à consommer « le matin avant de démarrer la journée », est davantage une adaptation au goût local européen qu’une continuité culturelle algérienne ou maghrébine.

À l’image d’autres produits créés par opportunité économique, le lait battu sucré est une création industrielle récente, pensé pour un marché spécifique.

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