Recevoir une OQTF (obligation de quitter le territoire français) n’est pas une simple décision administrative. Cette mesure peut bouleverser des vies et déchirer des familles. Avec le durcissement de la politique migratoire en France, personne ne semble à l’abri d’une telle décision, y compris les étrangers établis avec un titre de séjour depuis des années.
Qu’ils soient entrés en France de manière légale ou pas, qu’ils soient à l’attente d’une admission exceptionnelle au séjour ou d’un simple renouvellement, l’OQTF est suspendue telle une épée de Damoclès au-dessus des étrangers hors UE en France.
C’est le cas de Fasjon Salih, un ressortissant albanais qui a été expulsé vers son pays d’origine le 23 février dernier, laissant derrière lui sa femme et ses enfants sans ressources.
OQTF : expulsion surprise dans le Jura
Ce sans-papiers travaillait comme chef de chantier sous un contrat CDI dans une entreprise de BTP. Son employeur indique qu’il s’agissait d’un « employé exemplaire » qui avait pour objectif d’acheter une maison en France.
Mais Salih était sous OQTF et assigné à résidence. Il devait se rendre à la brigade de gendarmerie quatre fois par semaine, indique France 3 qui souligne que ce quarantenaire n’avait aucune raison de quitter le Jura où réside sa femme et ses enfants.
Le 21 février, il se rendait comme à son habitude à la brigade pour signer. Mais cette fois-ci, il n’avait pas pu rentrer chez lui car il a été directement transféré au centre de rétention administrative de Pontarlier, d’où il a été conduit à l’aéroport pour prendre un vol à destination de l’Albanie.
Une expulsion soudaine, qui n’a pas laissé le temps à ses proches de le voir une dernière fois. « C’est plus qu’un choc pour nous », indique son patron qui assure « qu’il n’a même pas eu le temps de lui dire au revoir ».
« Tout ça n’est quand même pas très humain »
Son épouse et mère de ses deux enfants, dont un est née en France, est également sous une OQTF et assignée à résidence. Elle se retrouve sans aucune ressource à la suite du départ de son mari.
Elle ne sait plus à quel saint se vouer pour se nourrir et se loger en France avec deux enfants à charge et aucun emploi. « Je réfléchis, je ne sais pas quoi faire, moi avec les enfants. Je ne sais pas si je peux travailler », a-t-elle confié.
l’Accueil jurassien intercommunautaire de Réfugiés, une association de défense des étrangers, a fortement dénoncé l’expulsion de ce ressortissant albanais. Sa vice-présidente, se dit scandalisée de voir expulser Fasjon alors « qu’il ne fait pas de vagues et qu’il parle bien français ».
Elle confie que son association a conseillé à Fasjon « de demander à rester à tout prix en France mais il ne voulait pas faire d’histoires et a accepté de monter dans l’avion ».
« Tout ça n’est quand même pas très humain », regrette cette bénévole qui estime « qu’on expulse monsieur et on affame madame et les enfants en quelque sorte ».
