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Tout part d’un message publié sur la page Facebook « Les Algériens de Montréal ». Un internaute dénonce un comportement précis : celui de certains « jeunes » de la diaspora algérienne qui prennent la rue en y hurlant des grossièretés, jusqu’à la rendre invivable pour les passants, particulièrement les femmes et les familles.

Pour beaucoup, ce n’est pas seulement une « petite incivilité », mais un quotidien impacté et la moindre sortie qui se vit sur la défensive.

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Des incivilités de la diaspora algérienne s’invitent dans l’espace public

L’internaute, un Algérien installé à Montréal, s’insurge sur le réseau social : « Je ne comprends pas pourquoi la plupart des jeunes sont obligés de dire des gros mots à haute voix au centre-ville, à la Place des Arts ou au Vieux-Port ».

Et d’ajouter, excédé : « On n’ose plus sortir en famille ! On avait quitté l’Algérie à cause de ce comportement, et on le retrouve ici aussi ».

Cette pollution verbale, bien connue dans les espaces publics en Algérie, s’exporte désormais en Europe et en Amérique du Nord, là où réside une importante communauté algérienne.

Sous la publication, les commentaires fusent, et l’explication dominante de ce fléau vise l’éducation : « C’est la faute des parents qui n’ont pas éduqué leurs enfants ».

Certains intervenants décrivent un phénomène plus diffus, qui ne s’arrête pas à un trottoir ou un quartier : « C’est un phénomène qui touche toute notre société. Dans les stades à Montréal, quand on va regarder ou jouer un match, on n’entend que ça, et en plus à haute voix ».

« En Algérie, c’est notre quotidien malheureusement »

Ces Algériens de la diaspora ne dénoncent pas seulement le « mauvais langage », mais surtout la démonstration de force qui se cache derrière.

Pour certains « jeunes », insultes et obscénités deviennent un moyen d’occuper l’espace public, un fléau que l’auteur du post condamne à sa manière : « Veuillez faire attention autour de vous, il y a beaucoup de gens qui sortent en famille et qui n’ont pas besoin d’entendre vos grossièretés ».

La gêne a changé de camp aussi simplement que cela : ce ne sont plus ceux qui crient en public qui se sentent déplacés, mais ceux qui voudraient simplement marcher ou passer un bon moment dans des lieux prévus à cet effet.

Et c’est là que l’étranger devient révélateur, car cette « vulgarité », qui passait pour normale pour certains expatriés avant qu’ils ne quittent leur pays, choque plus fort outre-Méditerranée ou outre-Atlantique.

Non pas que Montréal, dans ce cas précis, soit une ville parfaite, mais l’espace public y est perçu comme plus régulé, d’où cette impression d’un comportement inapproprié qui a été importé directement d’Algérie.

D’ailleurs, les internautes ne manquent pas de ramener le débat à l’Algérie : « Il n’y a pas plus dégoûtant que de sortir en famille et de ne pas pouvoir en profiter. En Algérie, c’est notre quotidien malheureusement ».

Eh oui, ces scènes (et sons) qui offusquent les Algériens de la diaspora à l’étranger sont les mêmes qui gangrènent l’espace public en Algérie. Cela varie selon les villes et même selon les quartiers, mais les insultes lancées comme ponctuation règnent en maître dans la rue.

Des « propos indécents » punis par la loi mais banalisés

Le plus étonnant, c’est que le cadre existe. La loi algérienne est explicite, en atteste ce rappel de l’Article 333 bis 8, paru dans le Journal Officiel n°30 :

« Est puni d’emprisonnement de 2 à 6 mois et d’une amende de 50.000 à 100.000 dinars, ou de l’une des deux peines, quiconque commet un acte ou profère des propos indécents dans un lieu public ».

Pourtant, dans les faits, cette loi reste largement inappliquée. Au fil des années, la société a appris à vivre avec les « propos indécents », à accepter ce manque de respect envers tous les usagers de l’espace public, au lieu de les dénoncer.

« Un peu d’éducation ne tue pas », ajoute un intervenant sur la page Facebook, mettant là le doigt sur un paradoxe algérien devenu impossible à nier.

Dans une société qui revendique la pudeur et le respect des aînés, des femmes et des familles, l’obscénité s’est installée dans la rue, malgré une loi qui l’interdit et en dépit des principes.

Dès lors, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’une frange de la diaspora emporte dans ses bagages cette vulgarité et la rejoue ailleurs, à Montréal comme en France.

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