C’est de plus en plus difficile pour les étrangers d’obtenir ou de renouveler leurs titres de séjour en France. Dans les préfectures, ils se retrouvent face à un véritable mur numérique, ou, du moins, à un inextricable imbroglio administratif.
En Bretagne, où le nombre des étrangers n’est pas aussi important qu’à Paris, les problèmes des étrangers, qu’ils soient réguliers ou sans-papiers, restent les mêmes. Si cela traduit une chose, c’est sans doute un durcissement généralisé de la politique migratoire dans l’Hexagone.
NOS VIDÉOS
À la préfecture d’Ille-et-Vilaine, à Rennes, de nombreux étrangers tentent, en vain, de décrocher un titre de séjour, se retrouvant ainsi bloqués dans une situation difficile, les empêchant à la fois de travail, de voyager et même, parfois, de sortir dans la rue.
Une sans-papiers avec un CDI !
Nina, 24 ans, est l’une de ces personnes qui s’est retrouvée sans-papiers du jour au lendemain. En France depuis l’âge de 8 ans, elle ne parvient pas à renouveler sa carte de séjour, ce qui lui a valu de se retrouver en situation irrégulière depuis 3 mois.
Nina est sans-papiers, mais avec un CDI, a-t-elle confié au journal français Ouest France. « Je ne peux plus aller travailler alors que j’ai un CDI dans un restaurant. Mon employeur exige ma nouvelle carte de séjour », a-t-elle expliqué.
Désormais sans-papiers, elle ne sort plus de chez elle, car elle redoute de tomber sur un contrôle de police qui va se solder par sa mise en détention administrative et son expulsion, elle qui a vécu toute sa vie en France depuis l’âge de 8 ans.
Nina dit avoir tout essayé pour renouveler sa carte de séjour, en vain. Malgré ses « appels et mails quasi quotidiens envoyés à la préfecture d’Ille-et-Vilaine », les services de l’État la maintiennent dans un statut de sans-papiers.
Les préfectures poursuivent le numérique à tout-va malgré la décision de la Justice
Comme Nina, il y en a des centaines de cas en Bretagne, indique le média français. Et pour cause : la complexité des procédures administratives et les dysfonctionnements de la procédure dématérialisée, mais aussi une politique de durcissement affichée par l’État.
L’adoption d’une procédure dématérialisée a notamment « fermé les portes des services préfectoraux aux personnes étrangères et rend aujourd’hui impossible le renouvellement d’un titre temporaire, ou le dépôt d’un dossier de régularisation », dénonce l’association d’aide aux étrangers Cimade.
En septembre 2023, le tribunal administratif de Rennes a d’ailleurs enjoint aux services de l’État à l’Ille-et-Vilaine et au Finistère de « mettre fin au tout dématérialisé en proposant des solutions de substitutions et des rendez-vous physiques aux personnes qui demandent des titres de séjour ».
Deux années après, rien n’a changé. Les deux préfectures continuent le numérique à tout-va. La préfecture de l’Ille-et-Vilaine va jusqu’à assurer que « le numérique simplifie et accélère les démarches administratives pour beaucoup d’usagers, réduisant ainsi le non-recours au droit ».
