Avant même sa diffusion, le documentaire « Les Nouveaux Français : 100 ans d’immigration » fait déjà entendre des voix.
Produit et présenté par Karine Le Marchand, ce documentaire à venir sur la chaîne TV française M6 s’intéresse aux parcours de femmes et d’hommes issus de l’immigration, aujourd’hui devenus figures de la société française.
Parmi eux, Mohamed Cheikh, gagnant de Top Chef France en 2021, chef franco-algérien né de parents algériens et installé en France.
Il revient sur son histoire, son ascension fulgurante, mais aussi sur les doutes qui accompagnent la réussite quand on porte une identité différente.
« Je savais que j’avais moins de chances que les autres »
En amont de la diffusion, attendue le 9 février, la chaîne partage déjà des extraits du documentaire sur ses réseaux sociaux.
Le témoignage sans filtre du célèbre chef d’origine algérienne dévoile le sentiment persistant de ne jamais être totalement à sa place.
Né de parents algériens originaires d’Oran, Mohamed Cheikh grandit en France avec la conviction qu’il devra « mettre un maximum de chances de son côté » pour réussir.
Une lucidité précoce qui lui venait du foyer familial et qu’il exprime aujourd’hui sans détour : « Je savais que j’avais moins de chances que les autres, à cause de mon nom, de l’endroit où je vivais, de la couleur de ma peau, de mes cheveux frisés… ».
Très tôt, le futur chef comprend que la cuisine ne tolère pas la demi-mesure : les stages, les conventions et les horaires officiels ne suffisent pas. Il faut rester et apprendre encore.
Il s’impose même une rigueur totale, encouragé par sa mère : « Ma mère me disait : « Tu ne pars pas de là-bas tant que le chef ne t’a pas dit de partir » ».
C’est ainsi que ses journées s’étirent bien au-delà des cadres fixés. « Sur ma convention, c’était marqué 16 h, mais parfois je partais à 17 h, 19 h… parfois à 22 h, 23 h, mais j’aimais ça ».
Une victoire méritée mais mal assumée
Cette endurance va porter ses fruits. Mohamed Cheikh, avec un nom bien algérien, devient chef de partie dans des palaces et des restaurants étoilés, avant d’être nommé chef pour la première fois à seulement 23 ans.
La consécration arrive 5 ans plus tard, sur les plateaux de Top Chef : « C’est juste incroyable, je n’en reviens pas, je vis un rêve éveillé », a-t-il exprimé suite à sa victoire en 2021.
Le gagnant de Top Chef, Mohamed Cheikh, revient sur son incroyable parcours : de son tout premier stage jusqu’à sa victoire dans Top Chef, sans oublier sa rencontre avec le président algérien et Emmanuel Macron. ✨
« Les Nouveaux Français : 100 ans d’immigration », produit et… pic.twitter.com/I30haZUbH9
— M6 (@M6) February 4, 2026
Mais avec la joie et la fierté, le doute s’invite. Dès l’annonce de son sacre, Mohamed Cheikh se pose une question que peu de gagnants auraient osé formuler.
Il dévoile aujourd’hui s’être rendu directement à la production de l’émission culinaire : « Est-ce que j’ai vraiment gagné, ou vous m’avez fait gagner ? ».
La réponse des responsables est catégorique, mais le malaise persiste chez le jeune chef. Et c’est une psychologue qui posera le diagnostic : le syndrome de l’imposteur, un phénomène psychologique dans lequel on doute de ses compétences, jusqu’à minimiser son succès.
Le chef explique alors ce qui l’a traversé : « Je pensais qu’on m’avait fait gagner parce que, évidemment, je suis un bon cuisinier, mais aussi parce que mon nom, Mohamed, ça n’était jamais arrivé avant… ».
Pourtant, les mois suivant sa victoire confirment qu’il mérite amplement sa place parmi les grands noms de la cuisine française.
Mohamed Cheikh, « une fierté pour la France, un exemple pour l’Algérie »
Mohamed Cheikh est convié lors d’un voyage officiel en Algérie aux côtés du président français. Sur place, il incarne un pont entre deux pays, et la rencontre avec le président algérien lui fait saisir toute la symbolique de sa réussite.
« Pour eux, j’étais une fierté pour la France et un exemple pour l’Algérie », se rappelle-t-il.
Lors du dîner officiel, il sera présenté au président Abdelmadjid Tebboune : « Le président Macron a dit : « Voilà notre fierté française ». Et moi, j’ai dit au président algérien : « Je suis la fierté de la France et j’espère être aussi celle de l’Algérie » ».
Mais la fierté la plus forte reste familiale. Pour son père, il s’agit d’une reconnaissance de ce qu’ont vécu les générations passées, les sacrifices de ses ancêtres immigrés en France…
« Pour mon père, c’était le Graal. J’avais un énorme respect… Pour lui, ça remonte à loin. Il a pensé à son grand frère, à son grand-père, à son père, à tout ce qu’il avait vécu, à tout ce qu’il avait fait », relate Mohamed Cheikh.
Aujourd’hui installé en région parisienne avec 3 adresses à son nom, Meida, Chik’Chill et Meatpack, le chef franco-algérien continue de s’imposer dans le paysage culinaire français.
