Dans un contexte de durcissement généralisé de l’accès au titre de séjour en France, certaines catégories de demandeurs se retrouvent particulièrement pénalisées. C’est notamment le cas des femmes salariées étrangères qui peinent à se maintenir en situation régulière.
Depuis quelques années, les critiques se multiplient concernant les contraintes que les demandeurs rencontrent tout au long du chemin menant vers l’obtention ou le renouvellement d’une carte de séjour en France. Entre la dématérialisation de la procédure et les retards des préfectures, les demandeurs se retrouvent souvent angoissés à l’idée de se retrouver sans-papiers.
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Les critiques se multiplient
Une « action coup de poing » a été menée, samedi 7 mars, par la Cimade. L’association d’aide aux étrangers rappelle que c’est le système actuel qui constitue une véritable « fabrique de sans-papiers », dénonçant la « politique absurde » qui place les demandeurs de titre de séjour en marge de la société.
Lydie Arbogast, déléguée nationale de La Cimade Grand Est, souligne notamment la difficulté de décrocher un titre de séjour salarié. Pour être régularisé, vous devez prouver que vous avez travaillé un certain nombre d’années. « Or, pour travailler vous devez avoir un titre de séjour », a-t-elle noté.
La bénévole souligne que « pour une première demande ou un renouvellement, il faut compter jusqu’à un an et demi pour avoir une réponse », assurant que de nombreux demandeurs ont déjà perdu leurs postes de travail à cause des retards de la préfecture.
Femmes, travailleuses et étrangères : une triple peine
Ces difficultés sont encore plus évidentes chez les travailleuses étrangères, estime Anne Savinel-Barras, Présidente d’Amnesty International France, dans une contribution publiée ce 7 mars par le média français La Croix.
Elle souligne qu’en étant « femmes, travailleuses et étrangères », certaines demandeuses de titres de séjour cumulent « une triple source de discrimination ». En demandant pour la première fois un titre de séjour ou en tentant de le renouveler, ces femmes « subissent très souvent des abus liés à leur genre, tout comme à leur origine ».
Elles travaillent souvent dans des métiers difficiles et disposent généralement de titres de séjour courts alors qu’elles vivent en France depuis plusieurs années. Qu’elles soient caissières, aides à domicile, personnels de nettoyage, ou autres, ces travailleuses étrangères ont été acclamées pour leur courage pendant le Covid puis de nouveau abandonnées à leur sort, déplore l’intervenante.
Pour se maintenir en situation régulière sur le sol français, elles sont souvent condamnées à supporter des horaires de travail à n’en plus finir, des tâches pénibles ou répétitives, voire des harcèlements moraux et sexuels, énumère-t-elle.
Ces travailleuses étrangères se retrouvent parfois obligées de subir des harcèlements de leurs employeurs, car ces derniers ont un rôle à jouer lors des procédures de demandes de titres de séjour (demande de l’autorisation de travail).
Appel à la mise en place d’un titre de séjour spécial
Il s’agit d’un « cercle vicieux dont il est très difficile de sortir », estime la présidente d’Amnesty International France, qui ajoute que ces travailleuses étrangères font aussi face à une complexification des conditions du renouvellement des titres de séjour ces dernières années.
La présidente évoque notamment le durcissement du test de langue alors que beaucoup de travailleuses étrangères n’ont jamais étudié le français et ne peuvent pas suivre une formation du fait des horaires de travail qu’elles subissent.
Face à cette situation, elle appelle à une « simplification des démarches et à l’instauration d’un titre unique pour le travail d’au moins quatre ans, renouvelable ». « En cette veille de 8 mars, … nous appelons à ce que cette situation cruelle cesse enfin », a-t-elle conclu.
