Installée en France, Meriem, étudiante algérienne en médecine, dévoile la difficulté qu’elle trouve à allier démarches administratives, travail au noir et études universitaires.
Meriem est arrivée en France à l’âge de 13 ans avec sa famille. Après le lycée, elle a choisi de suivre un cursus universitaire en médecine. Pour financer ses études, elle se retrouve obligée de travailler au noir.
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Meriem était détentrice d’un titre de séjour étudiant d’un an qui lui permettait de travailler 20 heures par semaine, mais il lui fallait renouveler son autorisation de travail chaque trois mois à la préfecture.
« Il est parfois plus simple de travailler sans autorisation », explique-t-elle dans un témoignage accordé au site du PCR. Cette étudiante algérienne peste contre la pénurie des rendez-vous en préfecture, mais aussi contre la dématérialisation de la procédure de titre de séjour.
On lui refuse sa demande de titre de séjour
Elle assure que pour un simple rendez-vous pour demander une autorisation de travail, on pouvait payer 60 € sur le marché noir. Cette somme va jusqu’à 500 € quand il s’agit d’un rendez-vous pour déposer une demande de titre de séjour.
De plus, pour demander son titre de séjour, elle énumère d’autres frais, notamment ceux d’un avocat, qui s’élèvent à 1.500 €, ceux d’un traducteur, soit quelques centaines d’euros, et ceux du timbre fiscal, 225 €.
Malgré ces frais, que Meriem a payés grâce à un travail chez Carrefour, elle a essuyé un refus de sa demande de titre de séjour assortie d’une OQTF, en janvier 2024, alors qu’elle était en pleine préparation pour les concours de sa première année en médecine.
« J’ai reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF) en janvier 2024, deux ans après ma demande de titre de séjour, alors que j’étais en pleine période d’examens. », explique-t-elle.
« La préfecture justifiait sa décision par l’absence de liens familiaux forts alors que pratiquement toute ma famille vit en France », raconte cette Algérienne partagée entre le stress des examens et celui de l’inquiétude de se voir expulsée du territoire français.
Obligée de travailler au noir
L’étudiante algérienne devait donc refaire toute la procédure pour régulariser sa situation et payer de nouveau tous les frais. « On doit tout repayer pour faire un recours, même le timbre fiscal de 225 € ».
En situation irrégulière désormais, Meriem n’a pas d’autre choix que celui de travailler au noir afin de pouvoir faire son recours, mais aussi pour financer ses études à l’université.
Elle trouve « facilement » un travail à plein temps non déclaré, à Paris. Elle devient serveuse dans un restaurant où elle travaille 54 heures par semaine pour 1.550 € par mois. Un salaire « indécemment bas », a-t-elle estimé.
La jeune étudiante finit par opter pour un travail à mi-temps, mais sans pour autant voir ses conditions de travail s’améliorer. Elle se plaint notamment des tâches qui se succèdent sans arrêt.
Elle passe, en effet, du service des tables au nettoyage des sanitaires, tout en passant par la prise des commandes. « Tout était fait pour utiliser 100 % de notre temps de travail », a-t-elle confié.
« J’étais bonne à être exploitée »
Mais « le pire était le mépris constant », précise cependant cette étudiante algérienne qui dévoile que son employeur lui confisque son téléphone et qu’il arrive aux managers de lui manquer de respect. « Il n’était pas rare de se faire insulter par les managers », a-t-elle assuré.
Cette étudiante algérienne, qui devait travailler, même en situation irrégulière, afin de pouvoir accomplir ses démarches administratives et payer ses études en médecine, assure que « tous les salariés (dans le restaurant) étaient comme elle en situation irrégulière. »
Mais au fil des journées de travail, cette Algérienne a fini par perdre le goût de la vie. « On se lève, on se lave, on se repose… juste pour aller travailler. La fatigue fait disparaître le goût de toute activité qui demande effort ou concentration », a-t-elle témoigné.
La jeune étudiante algérienne, qui se voyait devenir médecin et exercer en France, se trouve finalement face à la dure réalité : « J’étais bonne à être exploitée, rien de plus », a-t-elle conclu.
