La politique française de délivrance des visas aux ressortissants des pays de l’Afrique francophone a fait l’objet d’un rapport très critique qui vient d’être dévoilé. Son auteur pointe plusieurs lacunes et a formulé des propositions pour mettre fin aux difficultés rencontrées par les demandeurs de ces pays.
Délais de traitement très longs, inefficacité des services consulaires, questions humiliantes et rejets réguliers des demandes sans motif et sans remboursement des frais de dossier…
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Ce sont là quelques difficultés auxquelles sont confrontés régulièrement les demandeurs de visas pour la France. En 2023, le président français Emmanuel Macron avait commandé un rapport sur ces dysfonctionnements afin de les résoudre.
La politique française des visas est « une machine à mécontentement »
L’élaboration de ce rapport a été confiée à Paul Hermelin, président du Conseil d’administration de CapGemini, une entreprise spécialisée dans les services numériques. À l’issue de plusieurs visites dans des pays africains, Hermelin a rédigé un rapport très critique envers la politique française de délivrance des visas.
Intervenant ce lundi 9 mars sur les ondes de RFI, l’auteur du rapport a pointé du doigt le manque de communication des autorités françaises, qui a donné naissance à « une machine à mécontentement » auprès des demandeurs des pays de l’Afrique francophone, dont les Algériens.
« Ce qui manquait, c’est l’organisation de l’ambition de l’attractivité de la France »
Lors de sa tournée dans des capitales africaines, Paul Hermelin affirme avoir constaté une certaine frustration chez les demandeurs, en raison notamment des délais longs de traitement des demandes et des rejets très nombreux et pas faciles à comprendre… « En gros, c’est une situation très douloureuse », déplore-t-il.
Au niveau des consulats de France, il a également constaté que « la peur de mal faire les choses était très présente », concernant notamment l’envie de contrôler les flux migratoires. Toutefois, « ce qui manquait, c’est l’organisation de l’ambition de l’attractivité de la France », précise-t-il encore.
Pour lui, si les objectifs sécuritaires dictés par le ministère de l’Intérieur sont uniformes dans tous les pays africains, l’ambition de l’attractivité de la France n’est pas exposée de la même manière dans tous ces pays, ce qui explique en partie les disparités dans l’octroi des visas.
Équilibrer entre les objectifs de sécurité et les objectifs de l’attractivité de la France
Entre autres propositions pour mieux gérer la politique des visas, il suggère ainsi de maintenir les objectifs de sécurité et de contrôle migratoire, « qui sont légitimes », mais surtout de les mettre en équilibre avec l’attractivité de la France.
« C’est aux ambassadeurs d’énoncer les objectifs positifs de l’attractivité, pour ensuite mesurer comment leurs services consulaires gèrent la priorité sécuritaire, en assurant le bon équilibre », indique-t-il, suggérant de ne plus se focaliser uniquement sur l’obsession sécuritaire.
La France, à travers ses représentations diplomatiques et consulaires en Afrique, doit, selon le même intervenant, communiquer efficacement sur les objectifs de sa politique de visas et migratoire, et non seulement sur le volet de la sécurité.
« La priorité sécuritaire avait tellement pris le pas qu’on ne communiquait pas localement sur nos objectifs », dit-il.
