Après plus d’une décennie d’absence de visiteurs internationaux, la Libye amorce son retour sur la carte touristique.
Le pays, meurtri par une longue guerre civile, a engagé depuis deux ans une stratégie d’ouverture pour attirer les voyageurs étrangers, notamment via la remise en état de certains sites et la simplification des démarches administratives.
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Les premiers signaux sont là : les chiffres de fréquentation ont nettement progressé en 2025, et des voyagistes spécialisés relancent les circuits.
Le redémarrage du tourisme en Libye
Depuis deux ans, le tournant qu’a pris la Libye est autant administratif que symbolique, souligne le média d’information Euronews.
En 2024, le pays s’est doté d’un système d’e-visa, une procédure en ligne « généralement approuvée en quelques semaines », là où il fallait passer par une ambassade et attendre durant des mois.
Dans le même mouvement, la destination a lancé des chantiers pour remettre en valeur les sites emblématiques. Le Musée national de Tripoli, « entièrement rénové », a rouvert en décembre 2025 après 14 ans de fermeture.
Des travaux ont aussi été menés dans la vieille ville, dans les souks et les bâtiments couleur sable, avec l’aide de l’UNESCO.
D’autres projets reprennent également, comme le complexe touristique Al-Andalus à Tripoli, qui abrite des hôtels, une marina et des centres commerciaux, et qui était à l’arrêt depuis 14 ans.
Il y a même des événements qui servent de vitrine à ce renouveau, à l’image d’un rallye désertique dans le Wadi al-Hayat début janvier.
Des chiffres encourageants pour le secteur touristique
Selon le ministre du Tourisme et de l’Artisanat libyen, Nasr El-Din Al-Fezzani, le nombre de visiteurs étrangers au premier trimestre 2025 a augmenté de 60 % sur une année.
Les autorités affirment que sur la même période, environ 282.000 personnes ont visité les principaux sites archéologiques comme Sabratha et Leptis Magna.
De son côté, le voyagiste d’aventure britannique Untamed Borders constate une hausse de 200 % des réservations sur 12 mois par rapport à 2024. Quant aux pré-réservations pour 2026, elles sont déjà supérieures au total d’il y a deux ans.
Sur le terrain, le retour des touristes se fait sous étroite surveillance, avec une logistique qui assure la sécurité des visiteurs.
En novembre 2025, James Wilcox, fondateur d’Untamed Borders, a « conduit son premier voyage dans le sud de la Libye depuis 14 ans », dans le désert.
Il a pu faire découvrir Jebel Acacsus, classé à l’UNESCO ; l’oasis d’Ubari ; l’oasis Ghat, similaire à sa jumelle algérienne Djanet ; et Ghadamès, classée à l’UNESCO, près de la frontière tunisienne.
L’agence de voyage britannique a aussi repris les circuits privés vers l’est, en passant par des lieux populaires comme Benghazi, Apollonia et Cyrène.
« Les gens sont très gentils, accueillants et chaleureux »
À chaque voyage, les touristes sont systématiquement sous escorte policière ou accompagnés par des agents de sécurité.
Wilcox déclare : « En général, ces agents acceptent de se rendre dans les lieux prévus, mais le point vraiment contraignant, c’est qu’ils ont un accord sur l’itinéraire. Si vous le modifiez, il faut déposer une demande, ce qui rend les changements improvisés difficiles ».
Les visiteurs doivent également avoir une assurance adaptée. La Libye étant encore classée parmi les destinations « déconseillées pour voyager », les touristes doivent souscrire des polices spécialisées.
L’expérience est néanmoins globalement agréable, comme l’affirme Didier Goudant, avocat français qui a visité le pays en 2025 : « En gros, quand on dit Libye, Irak, Afghanistan, les gens pensent que c’est encore une zone de guerre, qu’on s’y bat toujours, ce qui n’est pas le cas. C’est le problème avec la manière dont l’information est aujourd’hui gérée et présentée ».
Selon lui, c’est une expérience à ne pas manquer : « J’aime beaucoup les pays musulmans, j’y fais toujours de très bonnes expériences. Les gens sont très gentils, accueillants et chaleureux ».
Enfin, les infrastructures demeurent inégales selon les régions. Si le Radisson Blu se détache à Tripoli, l’offre reste plus rare dans le sud. Les touristes alternent bivouac et maison d’hôtes, ce qui rend le voyage plus authentique.
