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À Bab El-Oued, le cœur battant d’Alger-la-blanche

Bab El-Oued. Le quartier mythique d’Alger. Il est, avec la Casbah, l’un des plus populaires et populeux de la ville. Il grouille de monde à longueur de journée.

Ses boutiques sont bien achalandées. Son marché affiche des prix accessibles aux petites et moyennes bourses. Il est pris d’assaut par les ménagères dès les premières heures de la matinée.

Elles viennent des quartiers environnants de Oued Koriche, Zghara et Bologhine. Sa légendaire façade maritime draine une foule nombreuse. Ces trois paramètres, ces trois caractéristiques jouent, sans aucun doute, le premier rôle dans l’intérêt, l’attrait qu’il suscite auprès des Algérois.

Un quartier touristique

Mais, Bab El-Oued, ce n’est pas seulement du business. C’est aussi un quartier touristique qui mérite un crochet. La randonnée, pour être à peu près complète, commence à partir du Lycée émir Abdelkader (ex-Bugeaud), inauguré en octobre 1868.

Le premier coup de pioche de sa construction a été donné en 1863. Un établissement prestigieux dont une pléiade d’élèves a marqué son époque dans différents domaines : politique, littérature, cinéma, philosophie, recherche et bien d’autres. Mouloud Mammeri, Albert Camus, Guy Bedos, Alexandre Arcady, Roger Hanin, Abderahmane Kiouane, Mohamed Sedik Benyahia, Ysmaïl Dahkouk, Dalil Boubekeur, Idir Aït Amrane et de nombreuses autres illustres personnalités ont usé le fond de leurs pantalons sur les bancs de ce lycée. Des sépultures anciennes enfouies sous terre y ont été découvertes lors de sa construction.

C’est dans cette zone, englobant autrefois les terrains occupés par le lycée, l’actuel siège de la DGSN (ex-caserne Pélissier) et l’ancien théâtre Kursaal, que fut installée la guillotine.

Le premier à monter sur l’échafaud a été un Algérien, Abdelkader Bou-zellouf Ben Dahmane, le 16 février 1843. Depuis, elle n’a cessé de fonctionner qu’en 1962. Elle a tranché de nombreuses têtes pendant la guerre d’indépendance (1954/1962), dont celle, la première, le 19 juin 1956, d’Ahmed Zabana, alors âgé de 30 ans.

Un jardin à l’anglaise

Tout à côté du Lycée, séparé par le long escalier menant vers le mausolée de Sidi Abderrahmane Thaâlibi qui surplombe l’établissement, le Jardin de Prague (ex-jardin Marengo), réalisé en 1833 dans le plus pur style d’un jardin à l’anglaise, avec des chemins sinueux et des formes asymétriques.

Il est actuellement en cours de réaménagement et d’embellissement. Initialement, ce parc portait l’appellation de « Jardin des condamnés », parce qu’il a été édifié sur un terrain en pente par des condamnés militaires français confiés au colonel Marengo, de son vrai nom Joseph Cappone.

Ils étaient « hébergés » dans les caves de l’actuel Centre des arts et de la culture du Palais des Raïs. Cette superbe bâtisse a connu plusieurs dénominations durant les occupations turque et française : Bordj Ezzoubia (palais des ordures), « sebâa tbaren » (les sept tavernes), Toppanat Arnaout, Bastion 23 etc. Elle a servi à différentes affectations : prison, foyer de jeunes filles, résidence, bibliothèque…

Plus loin, au bout de l’avenue Mohamed Boukella (ex- de la Marne), le jardin Taleb Abderrahmane (ex-Guillemin) bordé par des bâtiments agréablement alignés, étale sa verdure depuis le carrefour de la rampe Louni Arezki (ex-Valée) jusqu’au boulevard Abderrahmane Mira qui longe le front de mer. Il est réalisé en terrasses, dont la dernière, côté mer, abrite « la fontaine de l’espérance », une belle œuvre représentant un arbre en fer forgé inauguré en 2010, à l’occasion de la visite du maire de Marseille de l’époque à Alger.

Les « Trois Horloges »

L’avenue colonel Lotfi commence juste après le jardin Taleb Abderrahmane. Elle conduit vers la place des trois Horloges, le cœur de Bab El-Oued. Les Trois Horloges symbolisent le quartier.

Implantées au milieu du carrefour du même nom, elles battent au rythme de la vie de ce quartier populaire et populeux, vivant, trépidant toute la journée, du matin au soir. Parfois, jusqu’à une heure avancée de la nuit.

Surtout par beau temps, ou lorsque la chaleur, suffocante, de l’été s’infiltre dans les appartements, la brise marine fait défaut. Ce qui contraint des habitants à déserter leurs appartements pour chercher à l’extérieur un peu de fraîcheur.

Les « Trois Horloges », c’est la carte de visite de Bab El-Oued. Ces trois cadrans ronds, montés sur une colonne en fonte sculptée, sont entourés par quatre ampoules.

Il est difficile de prétendre avoir visité Bab El-Oued, arpenté ses artères sans avoir fait une halte, marquer l’arrêt à la place des « Trois Horloges ».

L’endroit a toujours porté ce nom depuis l’installation de la pendule et du lampadaire. Il est, pour ainsi dire, inévitable. Parce qu’il se trouve à quelques mètres du marché des fruits et légumes, l’un des plus fournis de la ville. Les prix affichés tant pour les fruits et légumes que pour le poisson défient toute concurrence.

Toujours dans la même zone « sévit », l’après-midi, une sorte de marché aux puces. On y trouve, pêle-mêle, des vêtements usagés, des Laptop, des enregistreurs, des outils de plomberie, d’électricité et de maçonnerie, des produits électroniques et des téléphones portables neufs et d’occasion. Ce marché informel se tient à la lisière d’un jardin public ombragé, créé sur l’emplacement des bâtiments emportés par les inondations dévastatrices de 2001.

La « karitha » est passée par-là

Le quartier garde encore des stigmates de cette fatidique journée du 10 novembre 2001. Les habitants, eux aussi, ne l’ont pas oubliée. Parce qu’elle a été marquée par près d’un millier de morts et de disparus.

Beaucoup de Babelouadiens sont encore traumatisés par ce qu’ils ont vu et vécu. Cette « karitha » (catastrophe) est gravée dans les cœurs et les esprits. En dépit de ce pan douloureux de son histoire, Bab EL-Oued se présente comme le quartier le plus animé, coloré et expressif d’Alger-la-blanche.

Les auteurs d’un rapport sur la transformation d’Alger datant de 1899 ont vu juste. Ils ont souligné que Bab El-Oued était « appelé à devenir un des plus beaux centres » d’Alger. En plein dans le mille. Le quartier constitue, aujourd’hui, 119 ans après cette prophétie, l’un des plus animés de la capitale. C’est l’un des endroits de la ville où l’on peut, tard dans la soirée, acheter des fruits dans les étals extérieurs du marché, diner, prendre un café ou une limonade.

Un jour, des journalistes étrangers ont été agréablement surpris par cette facette nocturne de Bab El-Oued. Après s’être offert un délicieux diner aux grillades et brochettes, ils ont rejoint le front de mer où ils ont pris un thé à la menthe à la mode saharienne, au milieu d’une grande foule d’enfants, de femmes et d’hommes.

Ce détail, petit soit-il, n’est pas passé inaperçu chez les confrères. Il leur a donné une toute autre image du quartier. Image quelque peu écornée, malmenée il est vrai durant les années 1990. Lorsque les chefs de l’ex-FIS et leurs ouailles, venant des autres quartiers d’Alger et d’ailleurs, envahissaient le quartier pour les fameuses harangues des vendredis à la mosquée Es-Sounna.

Un quartier en mutation

Bab El-Oued n’a pas été aussi « islamiste » qu’on le présentait. C’est en 2001 que le dernier bar cessa son activité. Il se trouvait à environ deux cents mètres de la place des Trois Horloges et du marché du même nom. L’immeuble qui l’abritait avait été emporté par les inondations de la même année. Comme des dizaines d’autres bâtiments du quartier.

Cette anecdote fait partie du passé. L’avenir, pour ce quartier, s’annonce meilleur, du moins selon le Plan d’aménagement de la baie d’Alger qui doit s’achever en 2029, particulièrement du côté de la façade maritime et des berges de l’oued El-Harrach.

Le front de mer de Bab El-Oued promet d’être l’une des plus belles balades de la capitale, une fois les chantiers en cours achevés. Les aménagements et réalisations sont importants. Les deux stades (foot et volley) de Qaâ Essour sont déjà opérationnels.

Les passionnés du jogging sont nombreux à arpenter la nouvelle et longue promenade en bord de mer qui relie, sur plusieurs kilomètres, l’Amirauté et le stade Ferhani.

L’animation sera encore plus dense lorsque les trois nouvelles piscines à l’eau de mer seront ouvertes au public. Les plages d’El-Kettani et de R’mila sont transformées en criques protégées, au large, par une imposante digue construite à l’aide de gros rochers et de volumineux cubes en béton.

Elles drainent, comme toujours, de nombreux enfants, accompagnés parfois de leurs parents. En fin d’après-midi et le soir, c’est l’esplanade qui surplombe les deux plages qui s’animent grâce aux différents jeux proposés aux chérubins.

Les travaux avancent, lentement

Tout en protégeant les baigneurs et les petites barques de pêche, la digue, traversée par une piste cimentée d’un bout à l’autre, fait le bonheur des pêcheurs à la ligne et des amoureux de la Grande bleue.

L’esplanade d’El-Kettani, celle de R’mila, le jardin situé derrière le siège de la DGSN et l’immense terrain qui s’étend des bâtiments de cette institution jusqu’à l’hôtel El-Kettani connaîtront de profonds aménagements.

Mais, ces changements resteront incomplets si les salles de cinéma – une douzaine — qu’abritait autrefois Bab El-Oued ne sont pas récupérées, rénovées, remises en marche ou, tout au moins, transformées en centres culturels, bibliothèques, théâtres, maisons de jeunes, salles de sports et cafés littéraires.

Comme cela a été fait pour l’ancienne église Saint-Louis, convertie en Centre multimédia et, pendant la saison estivale, en salle de concerts de musique.

En attendant, ne perdons pas la boule. Rejoignons les passionnés de la pétanque planqués dans l’esplanade située derrière l’hôtel El-Kettani.

C’est ici que se donnent rendez-vous, chaque après-midi, les adeptes de ce loisir, élevé au rang de sport dans de nombreux pays. C’est le cas en Algérie. Il est géré par la Fédération algérienne des sports de boules (FASB) qui regroupe plusieurs ligues et clubs comptant dans leurs rangs des équipes de garçons, de filles, de juniors et de séniors.

L’Algérie participe aux différents championnats continentaux et mondiaux. À Bab El-Oued, les pratiquants se livrent à des parties d’entrainement et, parfois, à des tournois et compétitions, très animés, suivis par une grande foule.

Mohamed Arezki Himeur

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