L’année prochaine, les étudiants étrangers hors Union européenne, dont de nombreux Algériens, risquent de perdre l’accès à l’aide personnalisée au logement, une mesure prévue dans le cadre du projet de loi de finances pour 2026.
Si cette réforme est votée à l’issue de l’examen du budget, la situation des étudiants extracommunautaire, déjà précaire, sera beaucoup plus compliquée.
« Si je perds mes APL, j’aurai juste de quoi payer le loyer et la nourriture »
Lyes, un jeune étudiant algérien de 20 ans, locataire dans la résidence à vocation sociale Hénéo, située dans le 19e arrondissement de Paris, ne cache pas ses inquiétudes s’il venait de perdre ses APL. Il vit dans un studio de 20 mètres carrés pour un loyer de 480 euros charges comprises.
« Je suis en alternance, mais si je perds mes APL, j’aurai juste de quoi payer le loyer et la nourriture », déclare au journal Le Monde l’étudiant arrivé en France après son bac et qui étudie à l’université Paris Dauphine-PSL, en master d’informatique.
Ce jeune étudiant est loin d’être le seul à s’inquiéter de l’éventuelle suppression des aides personnalisées au logement. Pour de nombreux étudiants, avoir un job, voire deux, en parallèle avec les études serait indispensable pour poursuivre leur cursus en France.
Un autre étudiant étranger affirme que sans les APL, il ne lui restera que 150 euros par mois, pour ses repas, sur son salaire de 600 euros qu’il gagne avec un petit boulot. Déjà avec les aides au logement, il est contraint de « manger aux Restos du cœur une fois par semaine. La vie n’est pas facile, pas du tout même », déplore-t-il.
« Tous (les étudiants) ont besoin d’une aide, surtout à Paris, vu le montant des loyers »
À travers cette réforme, le gouvernement français espère faire une économie de 200 millions d’euros en année pleine, sachant que sur les 2 milliards d’euros d’aides allouées aux APL, 12 % profitent à des étudiants étrangers non communautaires.
Les interrogations sur cette réforme portent essentiellement sur son caractère sélectif et le choix entre les nationalités des étudiants, car les étudiants européens ne sont pas concernés par la suppression de cette aide au logement.
« Comment peut-on en venir à établir des critères pour choisir un groupe d’étudiants par rapport à un autre ? Tous ont besoin d’une aide, surtout à Paris, vu le montant des loyers », s’indigne un étudiant sénégalais.
L’argument peu convaincant du gouvernement français
Pour le député socialiste des Bouches-du-Rhône, Marc Pena, cité par Le Monde, ce changement « sacrifie l’ouverture de notre enseignement supérieur, à un moment où le repli sur soi menace nos sociétés ».
En réponse, le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, a déclaré que le gouvernement partage aussi « cette fierté française d’accueillir les étudiants du monde entier, en accompagnant les boursiers qui ont de faibles ressources, mais pas nécessairement le riche étudiant texan ».
Mais cet argument ne tient pas la route, car sur les quelque 266.000 étudiants extracommunautaires, la moitié sont originaires d’Afrique, 22 % d’Asie et d’Océanie et seulement 8 % du continent américain, selon Le Monde.
