'

Depuis quelques jours, une vidéo circulant sur les réseaux sociaux relance le débat sur la manière dont le Maroc tente de s’approprier certaines spécialités culinaires algériennes.

Cette fois, c’est la garantita, ou karantika, icône de la street food algérienne, qui est au cœur de la polémique.

NOS VIDEOS 

Tout part d’une publication du voyageur Ben N’co, qui a découvert et adoré cette street food en 2023 lors de son voyage en Algérie.

« Ce n’est pas la karantika algérienne, c’est celle du Maroc »

Deux ans plus tard, en 2025, il se rend au Maroc, et c’est dans les rues de Tanger qu’il recroise cette spécialité typiquement algérienne.

Dans une séquence TikTok visionnée près de 50.000 fois, il révèle : « Regardez ce que j’ai trouvé au Maroc : la fameuse karantika ! Ce n’est pas l’algérienne, c’est celle du Maroc, précisément du Nord du Maroc ».

@benncotiktok

Manger une Karantika pour 0,30€ au Maroc 🇲🇦 #maroc #morocco #vlogvoyage #streetfood

♬ son original – Ben N’co

Selon lui, dans cette partie du Maroc, « ça ne s’appelle pas karantika mais caliente ». Et cela suffit à déclencher une vague d’indignation.

Ben N’co nuance pourtant : « Je pense qu’il y a beaucoup de similitudes entre le nord-est du Maroc et le nord-ouest de l’Algérie ».

Des internautes marocains précisent que « caliente » est un héritage espagnol, mais pour les commentateurs algériens, pas question de laisser planer le doute.

« C’est algérien, ça n’a jamais été marocain », « Il n’y a pas de karantika marocaine, elle est bien algérienne mais faite au Maroc. C’est comme la pizza italienne qu’on trouve partout », lit-on parmi les interventions.

Faut-il discuter la paternité de la karantika ?

L’affaire aurait pu en rester là si certains commentateurs marocains n’avaient pas insisté que la « caliente » est bien une spécialité marocaine.

L’histoire raconte pourtant tout autre chose. La karantika, calentica, garantita ou karen, est née à Oran il y a plus de 3 siècles. Selon les sources historiques, elle a été inventée en 1703 dans la forteresse de Santa Cruz.

Assiégés, des militaires espagnols à court de provisions ont décidé de broyer leurs restes de pois chiches et en ont fait ce flan improvisé.

La recette, tout en simplicité, ne nécessite que du sel, du cumin, de la poudre de pois chiches, et parfois de l’huile végétale et des œufs. Elle est depuis, devenue un pilier de la street food algérienne.

Une spécialité mondialement reconnue

Loin d’être une simple spécialité de rue, la karantika algérienne est désormais un symbole. En Algérie, on la retrouve à tous les coins de rue à des prix symboliques.

Elle s’exporte également en Europe, en Amérique du Nord et en Asie, où la diaspora algérienne la retrouve avec plaisir et la fait découvrir aux non-initiés.

En 2024, elle a intégré le Top 20 mondial du guide alimentaire TasteAtlas, tandis qu’en 2025, elle est sacrée meilleure street food au monde par le même guide.

Elle apparaît aussi dans des contenus viraux sur les réseaux sociaux, de célèbres influenceurs et des chefs de renom la reprennent de temps à autre, comme le chef franco-algérien Mohamed Cheikh qui lui consacre quelques vidéos.

Alors oui, la présence de la karantika algérienne au Maroc n’est pas étonnante, mais de là à la présenter comme marocaine, il y a un pas que les internautes n’acceptent pas d’avoir franchi.

Pour beaucoup d’Algériens, il s’agit d’un nouvel épisode dans la longue liste des tentatives d’appropriation culturelle venant du voisin de l’Ouest. Sur ce sujet comme sur tant d’autres, ils ne décolèrent pas : la karantika est oranaise et algérienne depuis 3 siècles, sans débat.

Categorized in:

Divers,