- La droite et l’extrême droite en France accentuent la pression pour dénoncer l’accord franco-algérien de 1968.
- Le Premier ministre Sébastien Lecornu a réitéré le refus du gouvernement d’abroger l’accord, mais a exprimé son souhait de le renégocier rapidement avec Alger.
- L’Algérie considère le débat comme une « affaire franco-française », dénonce une « course à l’échalote » et affirme n’avoir reçu aucune demande officielle de la France concernant l’accord.
- Le diplomate et ancien ministre algérien Abdelaziz Rahabi a soulevé la possibilité que l’Algérie abroge unilatéralement l’accord, rappelant le précédent de 1979.
- Il estime que le droit commun conviendrait mieux aux Algériens dans de nombreux cas (circulation, emploi, séjour).
Pendant que la droite et l’extrême droite en France accentuent la pression sur le gouvernement pour dénoncer l’accord franco-algérien de 1968, le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, souhaite le renégocier rapidement.
Ces derniers jours, les évènements se sont accélérés en France à propos de l’accord de 1968. Jeudi 30 octobre, l’Assemblée nationale a adopté une résolution présentée par le Rassemblement national (RN, extrême droite), visant à le dénoncer.
Mardi 4 novembre, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a réitéré une nouvelle fois le refus du gouvernement d’abroger cet accord, mais il a exprimé son souhait de le renégocier rapidement avec Alger.
Le lendemain, Marine Le Pen, présidente du groupe parlementaire du RN, est revenue à la charge, appelant le président Macron de mettre fin à cet accord.
« Et si l’Algérie abrogeait unilatéralement l’accord de 1968 ? »
De son côté, et n’ayant reçu aucune demande officielle de la France à ce propos, l’Algérie préfère ne pas réagir à ce qu’elle considère comme un débat interne français.
Alger, par le biais du ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a estimé que la résolution adoptée par le Parlement français était « une affaire franco-française », dénonçant une « course à l’échalote » et affirmant que l’Algérie n’a reçu aucune demande de la France à propos de cet accord.
Et si l’abrogation de l’accord franco-algérien de 1968 venait unilatéralement de l’Algérie ? Telle est la question posée par le diplomate et ancien ministre algérien Abdelaziz Rahabi.
Le précédent de décembre 1979
« Et si l’Algérie abrogeait unilatéralement l’accord de 1968 ? », a proposé le diplomate algérien Abdelaziz Rahabi sur sa page Facebook, précisant que le souhait du Premier ministre français de renégocier le traité au plus vite « est une abrogation unilatérale de cet accord par la France, selon les usages et les convenances en règle entre les États ».
L’ancien ministre a rappelé qu’en décembre 1979, « nous avions connu une situation dans le fond plus grave et plus urgente, mais plus respectueuse dans les formes », lorsque l’Algérie avait été informée de la décision de l’ancien président Giscard d’Estaing, « nostalgique déclaré de l’Algérie française », de renvoyer tous les ans 35.000 adultes algériens.
Mais cette mesure avait été annulée après la défaite de Giscard d’Estaing aux élections présidentielles de 1981. « Notre pays qui s’était préparé à les recevoir n’avait réclamé d’autre garantie que la préservation de leur dignité », a ajouté l’intervenant.
Que se passe-t-il si l’Algérie prend l’initiative d’abroger l’accord de 1968 ?
Rahabi estime que si la demande de Lecornu est introduite dans le cadre conventionnel, « elle recevra sans nul doute une réponse favorable », car l’accord de 1968 « n’apporte que des avantages mineurs aux Algériens, auxquels le droit commun conviendrait mieux dans beaucoup de cas en matière de circulation, d’emploi et de séjour ».
Du point de vue du diplomate, l’instrumentalisation de ce traité par les droites françaises a fait du statut administratif de nos compatriotes « le principal sujet de débat dans l’agenda de politique intérieure » et a « favorisé l’algérophobie qui les a présentés comme les premiers responsables de la crise migratoire et de ses conséquences l’insécurité et le chômage ».
Ainsi, il estime que si la France n’abroge pas l’accord de 1968, « l’Algérie le fera ». Et de ce fait, ceux qui « ont fait d’elle (de l’Algérie, NDLR) l’ennemi utile devront alors trouver une autre rente mémorielle avant l’échéance de 2027 ».
